Philo Sciences philosophie des sciences

Une épistémologie pour l’étude des champs complexes

Juignet Patrick, Philosciences.com, 2010.

Le paradigme de la science classique s’avère insuffisant pour aborder le domaine de la complexité organisationnelle (la vie, l’homme, la société). Nous l’avons vu dans les articles Les limites de la science classique et Les exclus du paradigme. Depuis le milieu du XXe siècle, des idées nouvelles sont apparues pour étendre la portée de la science vers ces domaines. On trouvera ici quelques propositions sur les plans connexes  de la pragmatique (manières de faire) et de la gnoséologie (manières de penser), pour synthétiser cette avancée. Son but est de favoriser l’étude scientifique des objets complexes. C’est une proposition pour modifier certains principes épistémiques de base, afin que la méthode scientifique s’adapte à de nouveaux champs et de nouveaux objets.



PLAN


1/ Une pragmatique scientifique adaptée 

La nécessité d'un pluralisme de méthode

Généraletmn on nomme expérience la relation de l’homme au monde dont il fait partie. Dans les connaissances scientifiques, l’expérience est encadrée par une méthode qui définit la bonne manière de faire. Cette manière de faire nous la nommons une "pragmatique" pour élargir un peu le sens de pratique. Cette pragmatique prend plusieurs formes. Il y a le cadre générale propre à chaque science puis plus sépcifiquent les observations, les  expérimentations, la clinique et les procédures de test. Nous défendons l’idée qu’il y a plusieurs méthodes possibles et complémentaires concernant la pratique scientifique. 

Dans la perspective constructiviste empirique qui est la nôtre, le problème de la pragmatique est le suivant : quelles procédures employer pour construire les faits, d’une manière qui soit adaptée au champ d'étude considéré. Nous mettons en avant l’idée d’une adaptation du moyen pragmatique à sa fin, qui est de relier efficacement la théorie et les faits. Le problème devient : comment conduire l’expérience pour que la partie du monde considérée se manifeste sans déformation et de manière régulièrement contrôlable par la communauté scientifique ?

S’il y a plusieurs champs, il y a nécessairement plusieurs types d’expérience méthodique, plusieurs pragmatiques à mettre en œuvre, pour répondre aux exigences de ces champs. Hors de tout dogmatisme, il est évident qu'il faut une adaptation de l’expérience eu égard au champ considéré. Nous récusons le dogme d’une unicité de méthode pour la science. La volonté de connaître rationnellement le monde doit s’adapter différentiellement pour réussir, car le monde est multiple et nullement homogène. Selon nous les différentes méthodes peuvent être combinées sous réserve de les appliquer à bon escient. Les bons procédés ne sont pas les mêmes dans les sciences de l'homme et la physique classique ou bien la biochimie. 

L’expérimentation

L’expérimentation est la méthode sûre et appropriée à de nombreux domaines. Toutefois par rapport à la vision classique nous allons apporter des correctifs afin de surseoir aux inconvénients que son emploi sans précautions engendre. 

Le côté anormal de la situation expérimentale est souvent minimisé. On fait comme si on avait effectivement affaire au monde tel qu’il est, alors qu’on a affaire à une portion arrangée du monde par la situation expérimentale. Il faut tenir compte de cette anomalie expérimentale et nécessairement y rapporter les faits. Un fait hors contexte où le même fait dans son contexte ce n’est pas la même chose. Par exemple les effets in vitro des médicaments et leurs effets in vivo sont parfois singulièrement différents, de plus les effets in vivo varient en situation hospitalière ou dans l’environnement ordinaire.

Isoler les faits crée des erreurs car, dans certain cas, les faits n’existent que corrélativement à d’autres. La méthode expérimentale classique élimine le contexte pour maîtriser les variables, mais dans certains cas le contexte ne doit pas être éliminé, car il est déterminant. Dans les domaines biologiques et humains le respect du contexte est nécessaire, il faut donc un cadre expérimental élargi. Expérimenter de manière souple sur des objets complexes pris dans leur ensemble ne permet pas une maîtrise de tous les facteurs, mais donne des résultats en rapport avec l’objet d’étude, car cet objet est préservé dans sa spécificité et ses caractères propres.

L’expérimentation ne doit pas être niée en tant qu’expérience interactive. Le pur savant, contemplateur neutre du résultat objectif, est un leurre. Certes, il convient de ne pas biaiser les faits par une intervention inappropriée. Cette posture est parfaitement juste mais, il y a classiquement une extension abusive de la nécessité de ne pas interférer avec les faits, vers l’idée d’une absence d’interaction. Une radicale extériorité du fait (en accord avec le réalisme empirique) par rapport au chercheur et à l’expérience est impossible. Tout fait dépend de l’expérience qui le fait naître et doit y être rapporté. Il doit être relativisé et ne constitue pas un absolu valable indépendamment de l’expérience.

En résumé nous dirions que les sciences concernant les niveaux d’organisations élevés demandent une adaptation de l’expérimentation consistant dans la prise en compte du contexte et la relativisation du fait à l’expérience qui le fabrique. 

L’observation et la méthode clinique

On ne peut tout expérimenter, car cette pratique joue le rôle d’une moulinette qui hache l’objet d’étude et le fait disparaître. Par rapport à des objets complexes, il faut admettre que l’expérimentation ne soit qu’un complément à d’autres méthodes plus appropriées. Dans le domaine du vivant et surtout de l’humain un certain nombre de phénomènes dépendent totalement de l’interaction, du contexte et de l’histoire.  Expérimenter sur eux détruit les faits à étudier. Ce n’est pas pour cela qu’on ne peut les étudier scientifiquement, c’est-à-dire avec une volonté de les saisir sans déformation et de les comprendre rationnellement.  

À côté de l’expérimentation, il y l’expérience de type observation et recueil de données qui est appropriée à des champs où elle est la seule possible et la seule intéressante. C’est une observation, parfois active (impliquant des actes techniques) encadrée par une méthodologie. Elle a été d’abord mise au point en médecine (c’est la méthode clinique et paraclinique), mais peut s’appliquer à de nombreux domaines de l’humain. Dans l’étude de l’homme on emploie l’observation simple ou participante, les techniques documentaires, les tests, les enquêtes et sondages. 

L’observation de type clinique est une pratique organisée par des concepts et encadrée par une procédure. Faire de la clinique, consiste à appliquer une procédure pratique puis en exposer les résultats de manière communicable pour la communauté. Résultats qui dépendent de l'habileté du praticien, car il y a un savoir-faire à acquérir et il demande un sérieux entraînement. On peut considérer l’activité clinique comme une expérience au sens plein du terme : elle est pratique, elle suit une procédure, elle s’enrichit et s’affine au fil de sa mise en jeu. Toute procédure clinique ou paraclinique est le fruit de l’état du savoir et de l’avancée des techniques.

La clinique médicale est volontairement objectivante, mais elle tient compte de l’inclusion du clinicien dans l'observation et utilise différents moyens de rectification : la multiplication des observations et le traitement statistique des résultats, les études faites en double aveugle, la correction permanente des déviations grâce ce que nous nommons la réflexivité (voir après). Pourquoi faire cela ? L’explication classique est qu’il s’agit de lutter contre la subjectivité et aller vers l’objectivité. La nôtre est légèrement différente. Ces procédés servent à cantonner l’expérience à un champ, celui de la biologie et éliminer le champ représentationnel, qui vient interférer abusivement. Du coup on comprend que l’on pourrait faire l’inverse, afin d’étudier le champ représentationnel (qui réunit les aspects intellectuels psychologiques culturels et sociaux).

La réflexivité indispensable

L’expérience est le rapport que nous entretenons avec le monde et qui construit notre réalité. Le fait naît dans la dynamique de l’interaction entre nous et le monde. La réflexivité consiste à tenir compte de l’interaction, ce qui implique de rapporter et relativiser les faits à la qualité de l’expérience, et si besoin à les rectifier considérablement. Le degré de réflexivité différencie les méthodes expérientielles scientifiques.

La science classique a une méthode objective non réflexive, alors que l’épistémique que nous supposons valide demande une expérience réflexive. Pourquoi donc la science classique a-t-elle réussi ? Parce qu’elle considère des champs dans lesquels la réflexivité n’est pas indispensable. Dans tous les cas l’observateur et l’ensemble du protocole d’expérience font partie du système, mais dans certains cas, c’est négligeable. On peut faire comme s’il n’y avait pas d’interaction. 

Dans les sciences de l’homme l’observateur constitue une partie non négligeable du système à observer et, donc, son rôle est prépondérant. Mais plus encore, dans ce cas, l’explication et l’expliqué sont de même nature représentationnelle. L’agent de la connaissance infléchit le résultat et parfois même en conditionne l’existence. Il faut par conséquent une réflexivité pour intégrer l’action modificatrice à l’expérience, afin d’en tenir compte pour expliquer le résultat et pour le rectifier. Il en est ainsi parce que l’on aborde le champ représentationnel par des moyens représentationnels, et qu’il y a une interférence intense entre les deux.

Cette situation, qui n’existe pas dans l’étude des autres champs, pose un problème de méthode très sérieux. Il n’est pas envisageable d’avoir de bons résultats dans ce domaine humain sans tenir compte de son propre fonctionnement représentationnel (psychique, intellectuel, social et culturel). Concernant l’étude des aspects représentationnels chez l’homme, la connaissance est toujours contaminée par les processus représentationnels. Il faut acquérir une réflexivité par rapport à ses propres déterminations représentationnelles pour procéder à une observation valide.

Le physicien, le chimiste, le biologiste peuvent mettre leur raison de manière directe au service de l’étude d’un objet qui n’intervient pas dans la recherche. Ils peuvent éventuellement être gênés par leurs préjugés, leur « équation personnelle », mais pas par l’objet lui-même. Le praticien de l’homme étudie un objet dont il est lui-même constitué et qu’il utilise dans son étude. Son psychisme, sa culture, son intellect, sont de même nature que ce qui est à connaître, et interfèrent massivement avec la connaissance. C’est une situation singulière ! 

Pour toute personne, l’expérience est spontanément déformée si bien qu’une partie de la réalité échappe. La simple observation des faits est rendue impossible, car il n’y pas de simplicité en ce domaine, il y une déformation constante. Sur un plan purement cognitif, la pensée elle-même est déterminée, si bien qu’il peut se produire une incompréhension. Comme les déterminations psycho socio culturelles sont en grande partie inconscientes, méconnues, il faut appliquer un intense travail d’analyse pour s’en détacher. C’est une exigence pour pouvoir devenir praticien de l’humain, ce qui n’est jamais acquis et doit sans cesse être réactivée.

Dans ces domaines humains, la connaissance doit impérativement intégrer à la méthode un procédé de distanciation et de retour sur soi, une « réflexivité ». Ce n’est possible que grâce à un travail personnel qui devient une condition préalable. Ce, d’autant plus qu’il est question d’une étude dynamique en situation, d’une observation participante. Contrairement aux sciences naturelles, qui peuvent se bâtir sans tenir compte de la subjectivité du chercheur, les sciences de l’homme ne peuvent procéder ainsi. Il est impossible au praticien d’avoir accès aux faits pertinents sans une réflexivité qui prenne en compte ses propres déterminations. 

En cela les sciences de l’homme, qui se veulent objectivantes et qui croient pouvoir saisir les faits simplement et directement, sont dans l’erreur. Ce n’est tout simplement pas possible. Les observations et expérimentations lorsqu’elle concernent la sphère représentationnelle doivent être réflexive pour acquérir une validité. 

L’identité entre l'explication et son objet 

Le problème de l’identité se pose de la manière suivante. Lorsqu’on aborde l’étude du champ représentationnel (pensée, langage, représentation, sens, conduites, etc…) on l’aborde avec des outils représentationnels (pensée, langage, représentation, sens, conduites, etc). Ceci produit diverses interférences dans les sciences de l’homme.

Ce problème d’identité peut s’exprimer de diverses manière. On parle parfois du « cercle herméneutique », indiquant par ce terme que toute signification ne se définit que par une autre signification, ou encore une représentation ne peut que se représenter par une autre représentation (identité de type) et au plus juste par la même représentation (identité absolue). Cette identité peut être revendiquée Par exemple, comme le dit Marcelle Marini (Lacan, 1986), Lacan partage avec Lévi-Strauss l’ambition « d’atteindre le point où la théorie est la réalité qu’elle analyse, non seulement parce qu’elle la construit, mais parce qu’elle la produit, plus encore, parce qu’elle est identique aux lois universelles de l’esprit humain qui en sont l’origine ». 

Il y a là un problème majeur, celui de l’identité entre l’objet de la connaissance et le moyen de connaître l’objet. Si l’on admet une intelligence humaine produisant des pensées, des énoncés langagiers, des conduites finalisées etc., c’est la même intelligence humaine qui étudie ces faits et produit une théorie de même nature que les faits. Il s’ensuit une impossibilité de distanciation entre le connaissant (l’agent de la connaissance intelligente) et son objet, une similarité entre les faits et la théorie. L’identité entre l’objet et le moyen d’étude abolit toute distance et rend une approche scientifique impossible. Le recourbement identitaire est un grave problème pour la scientificité qui doit être traité et ne peut être simplement constaté et encore moins prôné comme irréductible. 

Ce qui fait la spécificité humaine vient du champ représentationnel. Si l’on veut étudier l’homme, il est donc absolument exclu de l’éliminer ou de le nier (solution naturaliste classique). La méthode scientifique adaptée à l’homme demande par conséquent de concilier deux mouvements : 1/ S’intégrer dans le champ représentationnel en y participant. 2/ S’en extraire méthodiquement pour constituer des faits scientifiques c’est-à-dire irréfutables, communicables et si possible (mais pas toujours) reproductibles. 

Autrement dit, en reprenant une formulation traditionnelle, il s’agit d’intégrer l’univers du sens, mais, à un moment donné, de rompre le cercle herméneutique pour constituer des faits scientifiques. Il y a une spécificité humaine à quoi doit répondre une spécificité de méthode. La méthode adaptée consiste à intégrer le cercle herméneutique puis d’en sortir pour constituer des faits. La différence radicale avec une approche littéraire est la constitution de faits scientifiques à partir desquels les discussions théoriques peuvent avoir lieu.

La difficulté est importante

Le point crucial dans les sciences de l’homme est l’encadrement de l’expérience par des règles et des techniques appropriées. L’étude scientifique n’est jamais une théorisation directe, un discours, un commentaire. Elle est une pratique nécessitant une expérience réglée. C’est l’application de l’expérience méthodique qui va donner les faits qui ne sont donc jamais des éléments représentationnels bruts simplement retranscrits. Il n’est pas question d’avoir affaire à un sujet spontané qui commente la production d’un autre, mais à un agent de la connaissance appliquant une méthode pour constituer des faits. Même si cet agent est un individu humain mettant en jeu de manière assez directe son propre fonctionnement représentationnel, il se doit d’appliquer une expérience méthodique qui est une pratique devant respecter la réflexivité et les règles de procédure. 

Compte tenu de l’origine littéraire des sciences de l’homme, cela n’est pas toujours compris, ni mis en œuvre, ni même souhaité. De ce fait, dans les sciences de l’homme la sortie du cercle herméneutique et la réflexivité ont tendance à se perdre dans une approche spontanée agrémentée d’érudition. On plonge alors dans une approche de type culturelle mélangeant les faits et la théorie dans un discours incontrôlable. Le fait perd son autonomie et vient confirmer en permanence la théorie elle-même influencée par l’idéologie. Il n’y a ni vérification réelle, ni réfutation possible. La scientificité est perdue. C’est un écueil important et constant. Il y a un effort épistémologique collectif à faire dans le domaine des sciences de l’homme. L’expérience méthodique doit être ici plus rigoureuse qu’ailleurs car elle est en but à des dangers de déviation bien plus grands que dans les sciences physiques ou biologiques. 

2/ Une gnoséologie scientifique diversifiée

Une rationalité adaptée

Si par rationalisme on nomme la volonté de connaître, de prévoir et d’agir par l’utilisation d’une pensée rationnelle, c’est le seul moyen possible pour une étude scientifique. Une pensée confuse, contradictoire, métaphorique, est inacceptable dans les sciences, y compris les sciences de l’homme. Toutefois le rationalisme prend deux tournures inacceptables .

Il prend parfois la figure pétrifiée et tyrannique du totalitarisme logicisant. Nous mettrons de ce côté le rationalisme du positivisme logique posant la possibilité de décrire le monde par des propositions simples, puis de les assembler logiquement. Que les formes logiques puissent donner une image exacte du monde (bild theorie de Wittgenstein), est sans fondement. Il n’y a pas de rapport bijectif entre la logique et les faits.

Le rationalisme est problématique lorsqu’il s’associe à une conception ontologique idéaliste, supposant la possibilité d’un accès par la logique à la rationalité du monde (par contemplation ou dévoilement). Les formes logiques appartiennent au champ représentationnel créé par l’homme qui fait partie du monde. Il faut les combiner de manière subtile et nuancée pour penser les autres parties du monde. La rationalité doit, pour être efficace, s’accommoder aux autres champs du réel. Cette accommodation est complexe et si la logique est un guide utile il n’est pas suffisant et peut devenir un obstacle. L’adéquation de la pensée au monde ne peut se faire que de manière souple.

Souplesse dans la formulation des hypothèses, ce que Feyerbend s’est attaché à montrer (Against the method, 1975) mais aussi souplesse dans l’agencement des raisonnements. Il est souvent nécessaire de concilier des exigences contraires, et de considérer des points de vue contradictoires, car ils s’appliquent simultanément. Il est nécessaire d’associer des principes différents qui semblent pourtant exclusifs. Dans les sciences de l’homme, histoire et structure peuvent être combinées. Tout banalement, on peut considérer qu’il est utile de faire une histoire des structurations successives. Ce qui semble vouloir s’exclure logiquement (puisque la structure est sans histoire, qu’elle est atemporelle) doit pourtant être concilié.

Un déterminisme relatif

La recherche de déterminations constitue le premier moteur de la connaissance scientifique. Le principe d’une détermination donne la possibilité d’une explication d’un monde sans miracle, ni chaos. C’est le moteur fondamental de toute recherche scientifique. Il est donc absolument nécessaire et jusqu’à maintenant, cette recherche a (presque) toujours été couronnée de succès.

Ce principe et la manière de le conceptualiser doit cependant être adapté à la région du monde considérée. Il y a des niveaux où la causalité simple est valable d’autres où elle est inapplicable. La causalité linéaire et le principe de clôture causal (selon lequel à tout événement physique il existe une cause physique suffisante) n’ont une validité que régionale. On sait depuis Poincaré qu’il peut y avoir un déterminisme strict mais sans possibilité de prédictibilité.

Dans certaines zones du monde joue un déterminisme complexe qui doit être pensé en termes de multi causalités enchevêtrées avec de nombreux feed-back. Se forment des ensembles à prendre globalement, car il est impossible de faire autrement. Ces ensembles globaux sont soumis à un déterminisme relatif qui implique que l’on peut seulement faire des conjectures ou éventuellement chiffrer des probabilités d’occurrence.

Dans d’autres endroits règne un déterminisme douteux. C’est le cas lorsque des variations infinitésimales et non mesurables produisent des divergences importantes et ainsi de suite, plusieurs fois. Ainsi une histoire se constitue. Mais il y plus encore. Une absence de déterminisme apparaît lorsque se produisent des conditions d’équipotentialité (plusieurs types de conséquences différentes sont aussi possibles et aussi probables les unes que les autres).

La recherche de déterminations est un principe gnoséologique fondamental et qui est un moteur essentiel, par contre supposer un déterminisme sans faille est inadapté à certains champs de la réalité. Le déterminisme ne peut être érigé en vérité ontologique générale. On ne doit pas transformer un principe gnoséologique en absolu ontologique.

De sujet, point

Parmi les principes gnoséologiques fondamentaux classiques, il y a l’idée que la science est produite par un sujet étudiant un objet.

Nous récusons la notion de sujet en tant qu’elle désigne le point de source unitaire hors du monde de la pensée explicative. Le scientifique chercheur n’est pas un sujet, il est au contraire un agent multiple et complexe qui met en oeuvre une pratique et des techniques et qui théorise de diverses manières en reprenant les acquis culturels cumulés depuis des générations. L’agent de la connaissance est incarné par un individu porteur des raisonnements et méthodes qui sont un bien collectif et qui utilise une diversité de raisonnements, de stratégies, d’attitudes. Quant à la question de l’unification individuelle à laquelle fait référence la notion de sujet, nous dirons seulement ici que c’est une fonction psychologique avec des degrés d’effectuation variables qui n’intervient pas directement dans la définition de la science.

Par application du principe d’interaction, nous contestons la notion de sujet de la science en tant qu’elle implique une extériorité. C’est en tant qu’entité organisée du monde que l’homme de science entre en contact avec le monde. Pour la raison ontologique fondamentale que l’homme est dans le monde, il lui est impossible de se pourvoir soudainement comme sujet hors du monde, le contemplant. Dans le cas de la connaissance scientifique l’interaction se situe entre des objets construits et un « agent de la connaissance » interactif.

Il est généralement admis que la subjectivité est un obstacle à l’objectivité, et du coup assez paradoxal de désigner un sujet non subjectif pour œuvrer à la science. La notion du sujet nous paraît extraordinairement mal adaptée. C’est pourquoi lorsqu’il s’agit de connaître nous parlons d’agent de la connaissance et jamais de sujet spontané. Un individu humain se pourvoit agent de la connaissance au prix d’un effort important en s’astreignant à une méthode et en raisonnant de manière rationnelle selon un système de concept prédéfini. Ce n’est pas du tout une attitude ordinaire, ni courante, ni facile. C’est une mise en œuvre qui se réactive au fil du temps pour un même individu et de génération en génération grâce à un apprentissage long et difficile.

Définir des domaines homogènes

Nous avons suggéré que les concepts d’émergence et de niveau d’organisation permettaient de penser les différences ontologiques. L’organisation concerne les relations entre entités, entités différentes selon le niveau considéré. Par réorganisations successives au cours de l’histoire du monde, sont apparues des couches d’existence ayant une autonomie. Nous admettons trois grands champs (ou ordres), le champ physico-chimique, le champ biologique et le champ représentationnel. Il reste à situer le lien entre ces champs et l’activité scientifique.

Ce sont les sciences, et nul autre type de connaissance, qui ont permis d’individualiser ces champs, en définissant des ensembles factuels et en donnant des explications théoriques présentant une cohérence et une homogénéité. L’idée de champ découle directement de la considération de l’homogénéité de certaines sciences rapportée à un fondement ontologique. Les grands regroupements scientifiques, les sciences physique, chimique, biologique ont une cohérence épistémo-ontologique qui les définit et en même temps définit le champ dont elles s’occupent.

Il y a selon nous une tripe cohérence qui progressivement se fait jour. Cohérence factuelle : pour l’étude d’un champ donné il faut faire appel à un fait correspondant et non à ceux appartenant à d’autres champs. Cohérence théorique : les théorisations sont valables à l’intérieur de leur propre champ. Il s’ensuit que faire appel à une théorie d’un champ donné pour expliquer les faits d’un autre champ produit des impasses. Cohérence ontologique : la détermination qui a lieu à l’intérieur d’un champ n’intervient pas dans un autre.

Nous considérons que les sciences, lorsque tout se passe bien, définissent de mieux en mieux leur champ, par un resserrement des liens entre composants, grâce à une homogénéisation du champ phénoménal et des remodelages conceptuels. De la sorte le champ de l’existant se trouve de mieux en mieux désigné et avec plus de sûreté. Mais l’affaire n’est pas simple. Il existe une lutte entre disciplines concurrentes produisant des tentatives d’annexion.

L’interaction entre champs doit faire l’objet d’une étude spéciale. Il faut des explications théoriques spécifiques aux interactions entre champs. Si l’on n’en a pas, il faut le dire honnêtement et ne pas effectuer de sauts intempestifs pour masquer cette ignorance. Un concept juste peut devenir faux s’il est appliqué au-delà de son domaine de validité. Le socle épistémique lui-même peut varier d’un champ à l’autre. Par exemple le concept d’émergence fonctionnelle concept clé pour le domaine du complexe est peut-être inapplicable dans le domaine de la physique ou de la chimie. Nous prétendons que chaque champ doit définir l’épistémique qui lui est adaptée !

À l’intérieur d’un champ il existe des systèmes indépendants qui peuvent être étudiés pour eux-mêmes. Donnons des exemples. En biologie, l’approche moléculaire coexiste avec les théories de la régulation, qui elles-mêmes sont différentes de l’étude des structures cellulaires. Chaque discipline prend en compte des faits différents, par des méthodes et des raisonnements différents. La hiérarchie par champs, conçus comme niveaux d’organisation constitue une découpe qui ne correspond pas exactement à ce qui se fait en pratique.

Construire des objets

Les propositions de Gaston Bachelard sur l'objet peuvent servir de point de départ à notre définition. La science, dit-il, « réalise ses objets sans jamais les trouver tout à fait, elle ne correspond pas à un monde à décrire mais à un monde à construire » (La formation de l’esprit scientifique, Paris, Alcan,1934). Ceci a été repris par Georges Canguilhem. « La nature n’est pas elle-même découpée et répartie en objet et phénomènes scientifiques. C’est la science qui constitue son objet « (Etudes d’histoire et de philosophie des sciences, Paris, Vrin, 1968). 

Autrement dit, la science travaille sur des entités épistémiques et ce sont elles qui constituent son objet.  La démarche scientifique invente, construit des entités épistémiques qui ne sont pas déjà là dans le monde. C’est le point de vue qui associé à la constitution des faits par l’expérience, peut faire appeler notre conception un constructivisme épistémique. L'objet est une construction interne à la connaissance qui invente les entités sur lesquelle elle travaille.

Nous le redisons ici, le rapport empirique premier est inefficace pour la connaissance du monde. L’objet scientifique n’est pas de l’ordre de la chose, ce n’est pas un objet ordinaire. Pour constituer un objet de la connaissance il faut un ensemble de faits nés d’une procédure méthodique en rapport avec une théorie. Cet ensemble reconnu et nommé devient un objet. Il faut aussi constituer des ensembles de fait du même type, regroupant des faits susceptibles de s’associer entre eux et de recevoir un même type d’explication. L’objet est un projet cohérent de connaissance d’une partie du monde. Hors de cela, pas de connaissance scientifique.

L'objet d’une science est dynamique et en évolution, il se construit et se reconstruit sans cesse. Il naît ou renaît chaque fois que l'agent de la science lie dans une stratégie cognitive efficace des faits et des concepts au sein d’un champ défini par tout un ensemble inductif et déductif. L’objet peut aussi disparaître car rien n'est jamais acquis. La connaissance peut devenir méconnaissance si son objet se dissout dans une spéculation abstraite ou dans une empiricité sans régulation.

Les objets ne s’intègrent pas toujours au sein des champs, ils peuvent en intercepter plusieurs, ou au contraire ne concerner qu’une partie d’un seul champ. Il y a un besoin d’unification dans la constitution de l’objet scientifique qui suit des impératifs pragmatiques. Nous pensons qu’il est nécessaire de garder une liberté dans la constitution des objets.

Certaines connaissances définissent des objets volumineux indifférents aux champs constitutifs. Nous le verrons plus particulièrement dans les sciences de l’homme. Dans ce cas, le fait d’être à cheval sur plusieurs champs mal définis entraîne une grande difficulté, des oscillations valorisent tel champ et dévalorisent tel autre et des conflits de méthode.

Penser synthétiquement

L’analyse et la simplification du paradigme classique doivent être appliquées là où elles sont utiles et non de manière immodérée. Elles ne doivent pas servir de prétexte pour imposer subrepticement une ontologie réductionniste. Concernant leur application, nous proposons un principe inverse à celui du rasoir d’Occam : on ne doit pas diviser les entités au-delà de ce qui est nécessaire. Cela veut dire que la synthèse doit venir compléter l’analyse.

Analyse et synthèse sont à utiliser à des degrés appropriés selon les problèmes rencontrés. On pourrait les figurer comme les deux bornes opposées d’une réglette entre lesquelles se déplace un curseur. Il faut trouver le bon réglage celui qui est approprié à l’objet d’étude.

Les objets complexes organisés demandent pour être expliqués des modèles synthétiques. Nous désignons par modèle synthétique un ensemble formel composé d’éléments distincts tous reliés entre eux par des relations. On peut caractériser ce genre de modèle par trois procédés : 

- La construction d’une architecture ou d’une structure définissant les éléments et leurs liens. Elle dépend des hypothèses globales faites sur la réalité étudiée. Elle peut être construite par une première approche descriptive schématisante, que l’on formalise ce qui aboutit dans certains cas à une mathématisation, mais pas toujours.

- La définition d'états de cette architecture-structure. À différents instants, le modèle peut être caractérisé par une description qui spécifie son état. Le passage continu au cours du temps d'état en état définit l’évolution du modèle.

- La définition de lois de transformations. Ce sont des énoncés, si possible formels, de ce qui provoque le passage d’un état à un autre. Lorsque c’est possible on cherche à déterminer l'évolution du modèle car, si ce modèle est correct et adapté, on aura des effets prédictifs concernant la réalité.

3/ Un nouveau pardigme

La proposition

Nous avons essayé de cerner le paradigme des sciences tel qu'il semble évoluer de nos jours en définissant le soubassement conceptuel (le socle épstémique) et les trois plans conjoints (ontologique, gnoséologique, pragmatique), d'une connaissance scientifique. L’évolution des sciences vers de nouveaux objets demande une évolution de leur paradigme.

Nous proposons ici des idées nouvelles pour un socle épistémique susceptible d'être intéressant pour l'évolution des sciences afin de dépasser les limitations de la science classique et de permettre l’étude des objets complexes. Mais est il vraiment intéressant ?C’est après coup, si l’on constate qu’il favorise l'avancée des connaissances, que l’on pourra juger de sa pertinence. 

L’interaction de l’homme et du monde

Adoptant un point de vue empirique, quoique non empiriste, nous affirmons que l’homme accède au monde par l’expérience, qui est l’interaction à visée de connaissance entre lui et le monde dont il fait partie. La qualité de cette expérience évolue, tant au cours de l’histoire individuelle que collective. Les faits issus de l’expérience sont construits dans le rapport interactif entre l’homme et le monde et constituent ce que nous appelons la réalité.

Nous associons une perspective empirique constructiviste au postulat réalisme de départ. À l’existence supposée du monde se conjoint la réalité construite par nous. Nous défendons une dialectique entre réalisme et empirisme l’un s’appliquant au monde en soi et l’autre au monde pour nous, les deux se complétant.

Nous récusons donc la position purement phénoméniste (positiviste et du constructivisme radical). La connaissance ne concerne pas exclusivement notre expérience, car il y a une résistance du monde tant à son changement qu’à sa connaissance. Cette résistance ne vient pas de notre expérience mais du monde et c’est précisément l’enregistrement de cette résistance dans l’expérience qui la rend féconde (non illusoire). 

 Depuis Kant on sait qu’on ne peut prétendre à une ontologie dans laquelle nos concepts viendraient coïncider avec l’être. Toutefois, nous pouvons avoir quelques idées sur le monde, car, l’existence que nous lui supposons, imprègne la réalité. Il n’y a pas de fossé entre les deux. C’est sur cet arrière plan que notre proposition ontologique s’avance, proposition qualifiée, par jeu, de « nontologique ». Nous ne pouvons esquiver la question de la constitution du monde et il est possible d’y apporter indirectement des réponses.

Renonçant à une affirmation sur l’être (métaphysique) nous faisons une proposition sur la constitution du monde. Cette proposition dénonce le substantialisme, qu’il soit direct ou masqué, et récuse la coupure dualiste, pour y substituer un monde constitué par l’interpénétration de champs multiples. Ainsi disparaît le problème insoluble du rapport de la pensée et de l’être, de l’esprit et de la matière, de l’âme et du corps, ou de l’homme et de la nature.

Un monde pluriel

Au fil du temps, et tout particulièrement en occident depuis le XVIIe siècle, des connaissances se sont accumulées jusqu’à donner les sciences actuelles. Elles nous donnent des aperçus du monde que nous considérons comme valides, car la science classique est remarquablement efficace dans divers domaines. Mais elle bute sur la complexité organisationnelle et tout particulièrement celle de l’homme. En nous appuyant sur les idées alternatives d’interaction, d’organisation et d’émergence, nous pouvons maintenant dépasser la vision classique pour évoquer un monde non homogène, composé de types d’organisations différents selon la région ou le niveau considéré. Nous suggérons en conséquence un modèle pluraliste.

Monisme et pluralisme s’opposent dans les conceptions substantialistes. Une substance exclue l’autre, si bien que classiquement monisme et dualisme sont inconciliables, sauf au prix d’acrobaties rhétoriques peu convaincantes. Dans notre conception non substantialiste, l’unité du monde se combine avec une pluralité de niveaux ontologiques qui, non seulement de s’excluent pas, mais sont inclus ou immergés les uns dans les autres. C’est une conception pluraliste et continuiste en même temps.

Une telle vision pluraliste a déjà été proposée, par exemple par Antoine Augustin Cournot (vers 1851) qui rejette le dualisme cartésien et le substantialisme (Essai, IX, §131) et distingue trois ordres physique, biologique et rationnel (humain). Le concept d’ordre,tel que proposé par Cournot, est intéressant. Il a été repris dans l’ouvrage de philosophie des sciences de Andler Fagot-Largeault et Saint Sernin qui distinguent une ordre physico chimique un ordre vivant et un ordre humain. Nous avons préféré le mot champ pour éviter les confusions et parce que sémantiquement il est applicable aussi bien au domaine ontologique, épistémologique et empirique. Il était important pour nous de noter que c’est de la concordance des champs que naît une partition du monde intéressante.

Le système épistémique proposé tente un équilibre conceptuel de façon à avoir une cohérence d’ensemble : le réalisme de départ est tempéré par le relativisme de la réalité vue sous un jour constructiviste. L’importance donnée au concept d’organisation est contrebalancée par la mise en avant des objets de la connaissance. Le refus de l’ontologie classique n’aboutit pas à un agnosticisme mais à la désignation de champs constitutifs. Le réalisme de principe est associé à un pluralisme. Il s’agit de trouver l’équilibre conceptuel qui sera heuristique.

Du fait des équilibres à respecter, notre épistémique est complexe et ne peut pas être simplifiée. Nous aboutissons à proposer le modèle d’un monde continu, en devenir, dont l’homme fait partie et dans lequel tous les champs identifiables s’articulent les uns aux autres. Il s’ensuit un refus des clivages traditionnels opposant nature et culture, matière et esprit, objet et sujet, et du clivage épistémologique opposant les sciences humaines aux sciences de la nature.

Des styles différents

Le concept de champ a des conséquences épistémologiques dans la conduite de la démarche scientifique. Il va à l’encontre de l’unification et de la réduction des sciences entre elles. Le principe de complétude ne s’applique qu’à l’intérieur d’un champ ou d’un ensemble de champ. On ne peut pas le faire sauter sans précautions d’un champ à l’autre. Les mêmes méthodes et les mêmes principes explicatifs ne peuvent être appliqués uniformément. Aux champs constitutifs du monde répondent des connaissances scientifiques qui doivent s’y adapter, car les mêmes lois ne sont pas nécessairement valables partout, de tout temps, à tous les niveaux d’organisation. Allant plus loin nous dirons même qu’on ne peut attribuer les explications valables pour un champ aux faits appartenant à un autre champ sauf à commettre une grave erreur.

La même méthode ne peut être utilisée partout et il faut une adaptation aux caractères particuliers de la région explorée. Ainsi, la méthode adaptée à l’exploration du vivant n’est pas identique à celle qui est utile pour connaître l’inerte. Pour connaître le vivant, il faut respecter certains volumes et contours, ceux des entités organisées et fonctionnelles. Corrélativement il faut une théorisation qui conjugue des facteurs considérés ensemble et simultanément, grâce à des modèles explicatifs synthétiques mis en rapport avec les faits et leurs transformations. La simplification et l’analyse vers le plus élémentaire ne sont pas de mise, alors que cela marche très bien en physique.

4/ Une nouvelle catégorisation

En présentant cette épistémique des champs, nous faisons le pari d’une conception mieux adaptée à la connaissance du complexe. Nous la nommons épistémique des champs car, en fin de compte, notre réflexion aboutit à proposer une pluralité de champs ontologiques à laquelle répond une diversité de méthodes scientifiques.

L’épistémique des champs que nous proposons associe une pluralité ontologique et une pluralité épistémologique pour rendre compte scientifiquement d’un monde unique mais diversifié. Elle aboutit à une nouvelle catégorisation du monde qui l’ordonne en champs de l’existant, lesquels sont modélisés à partir des champs factuels présentant une homogénéité. Elle conduit à désigner et distinguer dans le monde des modes d’existence (d'organisation) interpénétrés, mais aussi hiérarchisés et différenciés et qui, par conséquent, ne sont pas substituables les uns aux autres. Le réductionnisme généralisé n’est ni possible, ni souhaitable.

Le modèle de compréhension du monde est constitué par une suite de champs imbriqués les uns dans les autres. On peut le schématiser par les formules suivantes. Si l’on part d’un champ de type A, il se caractérise par un mode d’organisation Org-a produisant des faits de type F-a et une théorie de type Th-a. Il en émerge un  champ de type B, qui se caractérise par un mode d’organisation Org-b, des faits de type F-b une théorie Th-b et ainsi de suite jusqu’au champ de type N, caractérisé par Org-n, F-n, Th-n.

Le monde n’est pas homogène, il y a des différences en son sein. Cette diversité nous la concevons sur le plan ontologique comme des modes d’organisation s’interpénétrant et interagissant. Aucun mode n’est plus vrai ou plus fondamental qu’un autre. Celui de la physique n’est pas plus important que celui de la biologie. L’attribution d’une supériorité ontologique est illusoire et sans objet. Seules existent des conditions de possibilités inégalitaires, un mode d’organisation complexe dépend toujours des plus simples, mais par contre il ne se réduit pas aux précédents.

Le concept de champ est un concept fondamental qui ordonne le monde connu. Il remplace les diverses notions ontologiques (substance, matière, esprit, monade, etc.) par l’idée de modes d’organisations conçus comme champs possibles de l’investigation scientifique. Il se substitue aux autres appellations qui ne peuvent être utilisées en même temps sans entraîner des contradictions car elles sont porteuses d’une ontologie différente et dépendent d’une autre épistémique. Dans cette proposition épistémologique pour une science renouvelée nous n’adoptons pas le même ordonnancement du monde que la science classique.


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