Philo Sciences  Le projet Philosciences

  LE  PROJET  PHILOSCIENCES

Joker philosopheAssocier la philosophie et la science


Nous proposons dans Philosciences une pensée qui associe connaissance scientifique et réflexion philosophique.

Une réflexion à la fois philosophique et scientifique

Nous essayons de promouvoir une réflexion mixte, à l’intersection de la philosophie et de la science, une philosophie avec la science. La séparation des deux n'a pas de justification du point de vue de la connaissance. Elle est seulement la conséquence de choix personnels, de clivages institutionnels et des spécialisations rendues nécessaires par l'immensité du savoir. 

Philosophie et science ne se sont séparées que récemment. Au XVIIe siècle les développements mathématiques de Newton furent encore appelés « philosophaie naturalis ». La division s’est instituée au XIXe, mais beaucoup d’auteurs ont essayé d’y surseoir, dans des orientations d’ailleurs d’une extrême diversité. Citons Auguste Comte, Augustin Cournot, Gaston Bachelard, les participants du Cercle de Vienne (Rudolf Carnap, Hans Hahn, Otto Neurath, Moritz Schlick) et leurs descendants, Karl Popper, Bertrand Russel, Alfred North Whitehead, Ludwig Wittgenstein, puis Georges Canguilhem, et pour les contemporains Isabelle Stengers, Anne Fagot-Largeault, Bertrand Saint-Sernin, Daniel Andler, Michael Esfeld, et bien d’autres qui ne nous en voudront pas de ne pas les citer, car il sont nombreux.

Léna Soler  note que " le savoir scientifique a atteint un niveau où des questions philosophiques surgissent d’elles-mêmes, sans échappatoire possible » (Introduction à l’épistémologie, Paris, Ellipse, 2000). Bertrand Saint-Sernin parle au sujet de la philosophie de la nature « d’une interrogation surgie des sciences elles-mêmes qui, en tant qu’elles sont une recherche de la vérité, sont philosophiques ».  Daniel Andler pose que « lorsque la science progresse au niveau le plus fondamental, elle s’appuie sur des choix philosophiques inéliminables » et « ne cesse de poser à la philosophie des problèmes inédits » (Philosophie des sciences, Paris, Gallimard, 2002).

"La réflexion philosophique, à elle seule, ne peut pas produire de connaissances sur le monde. Il n'y pas d'accès privilégié à l'étant qui se dégage de la réflexion pure. Le chemin passe par les sciences. Les sciences, quant à elles, ne peuvent se passer de la philosophie... Toute théorie scientifique demande une interprétation". Les propos sont de Michael Esfeld (Philosophie des sciences,  Lausanne, P.P.U.R., 2009).

Ce même auteur écrit que, compte tenu de l'histoire de la philosophie,  "la possibilité qui reste ouverte aujourd'hui pour développer des théories philosophiques sur le monde est de tenir compte des résultats scientifiques et d'engager une réflexion critique sur les sciences..." (ibid). Cela nous semble vrai.

Nous proposons dans Philosciences une pensée qui associe connaissance scientifique et réflexion philosophique. 

Un domaine vaste mais un type de pensée précise

Les sciences s’appuient sur un arrière plan ontologique se guident sur des principes épistémologiques et proposent des conceptions générales du monde : l’espace, le temps, la matière, la vie. L’appartenance exclusive au champ scientifique ou bien philosophique de tels concepts n’est pas assurée. Il y a un domaine d’intelligibilité dans lequel la distinction n’est pas pertinente,  c’est le domaine de prédilection de la « philoscience ».

Gilles-Gaston Granger définit brièvement la différence entre science et philosophie. La première organise des faits alors que la seconde organise des significations (Pour la connaissance philosophique, Paris, Editions Odile Jacob, 1998). En gros, nous adhérons à cette distinction. Cependant, l’organisation des faits passant nécessairement par la signification, il y a une intersection entre les domaines.

Nous aborderons les problèmes qui se trouvent à cette intersection, tels que le style donné à la connaissance, le choix des méthodes, la vision du monde, la conception du réel, la place de l’homme, la position du savant, etc. Les réponses apportées à ces problèmes ne sont pas neutres, elles retentissent fortement sur le développement de la connaissance scientifique. Nous ferons des propositions les concernant.

Notre ambition est de contribuer à mettre de coté la vision passéiste et caricaturale de la science qui la cantonne dans un paradigme rigide et figé. Tout au contraire, nous soutenons que la science est une activité de connaissance du monde dont les méthodes évoluent pour s'adapter à la diversité des objets de recherche. 

Concernant cette évolution, il semble bien qu'une mutation épistémique soit en cours, un changement de paradigme dirait Thomas Kuhn. Nous sommes entrain de passer d’une science orientée vers le mécanique, le séquentiel, le linéaire, le causal, à une conception orientée vers le dynamique, l’aléatoire, le complexe. Un paradigme de la complexité se dessine.  Le changement de paradigme dans les sciences, conduit vers une acceptation de la pluralité et de la complexité, grâce à un abord qui devient systémique.

Notre réflexion n’est pas en surplomb, au-dessus de la mêlée, elle se situe dans le mouvement des sciences et de la philosophie contemporaine. Notre ambition est d'accompagner la mutation paradigmatique en cours dans les sciences, car elle nous paraît intéressante. Ce n'est pas pour autant que nous rejetons la science classique, à preuve, la présence de Galilée en première page. 

Une orientation philosophique  définie

On ne trouvera pas de doctrine fixe dans le site, mais une conception évoluant au fil du temps. Notre philosophie fait système, car les concepts se définissent réciproquement, mais c'est un système en perpétuelle évolution. Nous défendons toutefois une orientation philosophique générale. 

Le chemin d'une philosophie liée à la science a été ouvert par le cercle de Vienne, ce qui à donné le positivisme logique et ses variantes. Bien que très redevable à ces auteurs, ce n'est pas notre voie, car nous la considérons trop liée à la science classique (dont le paradigme doit être dépassé) et aux aspect logico-langagiers (pertinents mais qui ont été surévalués). 

Toutefois, nous conservons deux des projets du cercle de Vienne : l’exposé d’une conception scientifique du monde et la critique de la métaphysique. Cette critique repose sur la séparation entre les énoncés qui portent sur des données empiriques et les énoncés ne se référant à rien en ce monde. L'abstraction et la généralisation de ces derniers donnent la métaphysique. Notre proposition philosophique est donc contre la métaphysique.

Nous définirons notre orientation en nous référant aux propos de Bertrand Saint-Sernin, trouvés dans l'ouvrage collectif de 2002, Philosophie des sciences : " L’univers est en devenir, et sa marque propre réside dans le fait qu’en son sein apparaissent de nouveaux êtres et de nouvelles formes ; pour le penser, les instruments intellectuels de la métaphysique et de la science traditionnelle (les notions de sujet, d’objet durable, de substance) sont obsolètes". 

Dans Philosciences nous ne défendons ni une ontologie matérialiste, ni une ontologie idéaliste, car nous récusons l’idée de substance. Nous la remplaçons par le concept de niveau d’organisation (ou d'intégration), ce qui  a des conséquences dans tous les domaines. C'est une philosophie à l'ontologie pluraliste et, par conséquent, elle est antiréductionniste. Nous militons aussi en faveur d’une conception non réductionniste qui accepte la complexité et la pluralité. Sans aucune ambiguïté, nous dénonçons fermement le substantialisme, qu’il soit idéaliste ou matérialiste et nous récusons le dualisme. Notre ontologie concilie les positions faussement contraires du monisme et du pluraliste, car nous supposons un seul monde continu mais dans lequel différents modes d'organisation s’interpénètrent.

Clarté d'expression et libre accès

La plus grande clarté de forme est une exigence. Il s'agit de mettre en œuvre un style concis et sans équivoque, qui permette de juger immédiatement de l'argumentation. Cette volonté est en rapport avec notre conception de la pensée. La pensée se fait par concepts et les concepts sont les instruments de la pensée. Il s'ensuit que le rôle de la philosophie est de fournir les concepts nécessaires à penser. Transmettre ces précieux outils demande un style d'autant plus simple que l'entreprise est complexe.

Sur le fond, nous bannissons les dérives vers les généralités abstraites et la métaphysique, dérives faites à partir d'intuitions intellectuelles qui n'ont à nos yeux aucune validité. Notre travail est en rupture avec la philosophie déconnectée des données empiriques et de la rationalité..

Non aux jeux de maîtrise et d'exclusion menés par l'intermédiaire de discours ésotériques, d'autant plus fascinants qu'ils sont obscurs et érudits. Le projet de Philosciences est de promouvoir une philosophie claire, argumentative et sans fard. Le libre accès aux idées philosophiques et scientifiques n'implique pas seulement une accessibilité pratique, mais aussi une expression claire, car le jargon fait partie des procédés d'exclusion.

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