Patrick Juignet,
Philosciences.com, 2009

Le terme de « paradigme », mis en avant par Thomas Kuhn en 1962 dans La structure des révolutions scientifiques, est maintenant couramment employé pour désigner l’ensemble des principes et méthodes partagés par une communauté scientifique. Le mot paradigme donne l’idée d’un modèle à suivre.
Le concept a été précisé par Kuhn sept ans après la première édition de son ouvrage. Il proposa alors un nouveau terme, celui de « matrice disciplinaire » pour dénommer ce qui fait l’objet d’une adhésion du groupe scientifique, alors que celui de paradigme désigne plutôt la fonction sociale de cette matrice.
Thomas Kuhn distingue trois composants dans la matrice disciplinaire : les lois scientifiques et leur formalisation, les procédés heuristiques et la conception du monde, les croyances qui tiennent le groupe de chercheur ensemble. Puis, il définit ce qui correspond mieux à son appellation de « paradigme » : c’est le rôle joué par les solutions et les méthodes de travail déjà trouvées et qui servent de modèle pour la suite.
Le mot paradigme, qui donne l’idée d’un modèle à suivre, est bien adapté pour décrire ce qui se passe dans les sciences, car la force normative y est aussi importante qu’ailleurs. Certains définissent même le paradigme comme « un système de croyances ». Dans toutes les disciplines, l’histoire nous montre une volonté de poursuivre et répéter la méthodologie jugée valide avec pour inconvénient une absence de critique et une dogmatisation préjudiciable.
De plus, on constate que les doctrines sont reprises collectivement et institutionnellement, ce qui conduit à les radicaliser et à les dogmatiser. Les propos nuancés ou changeants des inventeurs sont oubliés au profit d’une expression collective simplifiée. C’est cette dimension collective qui produit des effets pratiques dans la conduite des recherches et dans la gestion institutionnelle. Il est donc important de rendre compte de ce modèle collectif de la science normale que désigne le terme de paradigme.