Le Cercle de Vienne a proposé une démarcation entre les énoncés qui portent sur des données empiriques et les énoncés ne se référant à rien en ce monde. Force est de constater qu’une grande partie de la philosophie parle de manière abstraite d’objets qui n’existent pas, c’est-à-dire fait de la métaphysique.
Selon le contenu du discours, il est possible de distinguer trois types de métaphysiques, qui d'ailleurs se mélangent et se superposent souvent, la métaphysique "fantastique", la "généralisante" et la "subjectiviste". Pour plus de détails sur ces différents genres voir la note sur la métaphysique.
La métaphysique fabrique du sens et c’est même ce qui motive son succès. Ce sens sert à enchanter le monde, à lutter contre l’angoisse devant l’absurdité et l’immensité (Blaise Pascal en donne un exemple), à se consoler des difficultés de la condition humaine (l’impuissance et l’ignorance, la souffrance et la mort).
Le discours
métaphysique, quoique sans objet, a la prétention d'en avoir un et de
dire des Vérités. Par ce fait, il embrouille le jugement et fais se
poser des problèmes sans solutions. Une bonne partie de la philosophie,
occupée à la métaphysique s'éloigne ainsi du monde pour se perdre dans
une vaine abstraction.
Pour Ludwig Feuerbach, auteur de l'Essence du christianisme, l'idéologie est l'ensemble, plus ou moins cohérent, de représentations, de valeurs et de principes moraux, que génère une société. Elle apporte un réconfort aux hommes déchirés par les difficultés de la réalité. C'est dans cette perspective que nous nous situons. Aux travers leur idéologie, les individus traduisent involontairement leur condition sociale et leurs aspirations. De plus, une idéologie n'est pas neutre politiquement, elle poursuit un but, même si elle prétend le contraire, qui est la défense des intérêts du groupe social.
L'idéologie peut se définir comme un ensemble d'opinions intéressées partagées par un groupe social. C'est une pensée asservie par les nécessités inhérentes à l’action collective. Elle est véhiculée et fréquemment réitérée par les membres du groupe, ce qui influence son contenu, qui se simplifie, et sa forme rhétorique, qui se rôde au fil du temps. Une partie de la philosophie consiste à reprendre et donner une forme cohérente à l'idéologie. En cela elle se perd.
Une idéologie n'est pas neutre socialement et politiquement, elle est en faveur d'un but qui est la défense, plus ou moins efficace d'ailleurs, d'un groupe social. Qu'elle soit généreuse comme l'idéologie chrétienne de gauche ou atroce comme l'idéologie nazie, elle est formée d'opinions. L'idéologie est souvent appuyée sur la métaphysique dans laquelle elle trouve des justifications.
Une idéologie ne recherche pas la connaissance, une
idéologie est normative,
elle veut imposer des manières d'être et de manière de faire. La force affective de l'idéologie fait
qu'elle s'impose à la rationalité et que la philosophie devient parfois son
faire valoir. Il existe des idéologies positives qui permettent une
application
pratique des opinions philosophiques. Par exemple,
l'idéologie des lumières qui prône la diffusion du savoir et critique
de la tyrannie, ou l'idéologie du libre accès que nous défendons dans philosciences.
La rhétoriques art de bien parler
ne présente pas en soi d'inconvénient. Mais dès le début de la
philosophie, la rhétorique mise au service des opinions les plus
diverses,
est apparue comme un danger. Platon le premier s'en est ému. Le
problème vient de la subordination et du remplacement de la réflexion
conceptuelle par la forme langagière qui permet de défendre toute
opinion vraie ou fausse. Le beau discours convainquant
remplace la recherche de la vérité.
La rhétorique en donnant une forme
savante et
convaincante aux opinions communes ou à l'idéologie propose une pensée
vaine. Elle peut aussi prendre le dessus et devenir un jeu. Nous
avons un
bref exposé de l'usage prédominant de la rhétorique en philosophie fait
par
Claude Lévi-Strauss On nous permettra de citer dans
Triste Tropiques (pp 54-56) le
passage où il indique pourquoi il a
quitté la
philosophie envahie par la sophistique.
J'ai appris, dit Claude Lévi-Strauss, en classe de philosophie "que tout problème grave ou futile peut être liquidé par l'application d'une méthode, toujours identique, qui consiste à opposer deux vues traditionnelle ... et les renvoyer dos à dos grâce à une troisième", le tout rendu possible par l'utilisation " d'artifices de vocabulaire" et par "l'art du calembour", prennent la place de la réflexion. Dans ces jeux verbaux ," il n'y avait plus de référent", c'est à dire de donné empirique bien établi. La philosophie dans ces conditions n'est pas l'auxiliaire de l'exploration scientifique, "mais une sorte de contemplation esthétique de la conscience par elle-même".
Par verbalisme nous désignons un usage naïf et
immédiat du langage sans se rendre compte que le langage a son propre
fonctionnement, sa propre histoire et qu'il entraîne la pensée hors
d'elle même, qu'il la rend hétéronome à la détermination
conceptuelle.
Les sources d’erreurs et de
fourvoiement
dues au langage sont innombrables. Le langage est à la fois la
condition de
formation de la pensée et un piège qui l’enferme et l’entraîne là où il
veut
aller. L’intelligence conceptuelle et le langage ne jouent pas le même
jeu. La
formulation de la première ne pouvant aller sans le second, les jeux
s’emmêlent
et produisent des errances et des impasses. Wittgenstein a consacré la
seconde partie de son œuvre à dénoncer les pièges du langage. Un
linguiste comme Chomsky a bien
montré la
différence entre le langage et la pensée conceptuelle (sémantique)
Une philosophie qui emploie directement le langage sans faire un travail d'élucidation est vouée aux impasses et aux apories.