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Karl Popper et les criètres de la scientificité

Patrick Juignet, Philosciences.com, 2009.


PLAN


Critique de l'induction

Karl Popper a critiqué l'idée avancée par le cercle de Vienne selon laquelle l'induction serait le procédé qui permettrait de trouver des lois scientifique, car l'induction est fausse dans un certain nombre de cas et surtout invérifiable de manière universelle (il faudrait connaître tous les cas jusqu'à la fin des temps).

Il s'oppose surtout à la vérification comme procédé de validation des connaissances. L'observation d'un certain nombre de faits corroborant la théorie ne la confirme pas avec certitude et universellement. C'est un procédé de type inductif et il se peut toujours qu'à un moment donné un fait vienne contredire une théorie. Mais surtout, c'est la porte ouverte à la complaisance, car on trouve toujours un certain nombre de faits pour corroborer une théorie, même si elle est fantaisiste. La vérification n'est pas suffisante.

La réfutation et corroboration

Popper propose comme manière de juger de la validité la réfutation souvent traduit improprement par "falsifcation". Selon ce critère l'observation d'un seul fait ne corroborant pas la théorie réfute celle-ci. Cela sous entend une complétude et une universalité de la science. Du fait de ces deux aspects, si un seul fait contrevient à la théorie, elle est fausse.

La possibilité de réfutation est à se yeux un critère de scientificité : il faut que la théorie offre la possibilité d'expériences critiques qui permettent de la juger et de al réfuter. Sans cela elle ne doit pas être considérée comme scientifique. C'est une assertion assez juste et de bon sens, car une connaissance qui ne peut être testée et prétendrait à la Vérité a priori ne peut faire partie du corpus scientifique.

Tant qu'une théorie falsifiable n'est pas réfutée, elle est "corroborée".  Pour Popper, la corroboration remplace la vérification. Le but est de s'approcher de connaissances aussi vraies que possible. Cette approche ou "vérissimilitude" remplace la Vérité absolue. La science progresse en remplaçant les connaissances existantes par des connaissances un peu plus vraies, c'est-à-dire un peu plus complètes et un peu plus universelles.

Évaluation de Popper

Cette vision de la science progressant par réfutions incessantes est à notre avis plus idéale que réaliste, car il y a des résistances au changement dans les sciences comme ailleurs (voir la note sur Thomas Kuhn). Le gros intérêt des travaux de Popper est d'avoir attiré l'attention sur la fragilité de la vérification empirique pour justifier une théorie. Son critère de réfutation (falsification) est évidemment beaucoup plus fiable. Mais, comme il l'a lui même admis, il est parfois un peu trop drastique et surtout, selon nous, il présente des faiblesses, car il sous-entend certains présupposés inexacts.

Le critère poppérien est fondé sur la vision empiriste-logique de la science (voir la note brève sur le cercle de Vienne) qui ne correspond pas à la réalité de la construction des sciences. Voyons cela dans les deux catégories de sciences empiriques existantes.

Dans les sciences dures, comme la physique ou la chimie, il n'y a pas de phénomène isolé identifiable, ni de théorie isolée, car ces connaissances sont des constructions complexes dans lesquelles tout se tient. Il est donc difficile d'avoir des expériences cruciales de réfutation concernant tel aspect théorique.

En biologie et dans les sciences humaines deux motifs s'opposent à l'organisation d'expériences falsifiantes cruciales : d'une part on n'a pas de prédictions exactes et d'autre part le domaine de validité peut être partiel (pas d'universalité, ni de complétude). De plus, la pragmatique dans ces domaines est délicate et de nombreuses expériences ne sont pas parfaitement contrôlables, si bien qu'elles ne donnent pas le fait attendu (elles ratent). Il y a un certain nombre d'expériences non concluantes qui pour autant ne réfutent pas la théorie.

Selon nous le critère de réfutabilité reste un bon critère, mais il doit être modéré. Une expérience réfutante est un motif d'alerte sérieux, mais pas d'invalidation d'une théorie. C'est plutôt un ensemble concordant de réfutations qui fait effet pour remettre en cause une théorie scientifique
 

Bibliographie :

Popper K., Logic der forschung, Springer, Wien, 1934.

Popper K., Logique de la découverte scientifique, Payot, Paris, 1973


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