Un modèle de l'homme
Patrick Juignet, Philosciences.com, 2011.
Par modèle nous entendons une conception synthétique abstraite qui
tente de donner une vue d'ensemble et permet d'organiser les
recherches. Un modèle est partiel et hypothétique. Il ne rend pas
compte de tout, mais seulement des aspects pris en compte dans le cadre
de la recherche et il demande à être confirmé, ou infirmé, ou modifié,
au fil de l'avancée des recherches.
1/ Principes du modèle
Nous considérons l'être humain comme un
individu en interaction avec son environnement concret mais surtout relationnel.
Individu veut dire que chaque être humain possède un degré d’indivision, de
cohésion et homéostasie ainsi que de séparation par rapport à
l'environnement avec lequel il interagit.
L'individu peut être considéré selon les degrés de complexité de son
organisation et de la spécialisation en appareils. Nous nous limiterons à ceux
qui nous intéressent ici. Ce sont le mode d'organisation biologique et représentationnel.
Dans le biologique nous allons distinguer le biosomatique (considéré en bloc)
et un appareil privilégié le neurologique, puis au sein de celui-ci
l’organisation neurofonctionnelle (qui comporte l’aspect neurosignalétique et
la neuromédiation chimique).
Nous allons donc considérer quatre entités
jugées pertinentes pour notre propos, appelées : biosomatique ; neurologique ;
neurofonctionnel ; représentionnel. Ces entités, dont nous supposons
qu’elles ont chacune une relative autonomie, sont forgées par combinaison de deux
considérations sur l’individu humain : on peut différencier
en son sein des appareils de spécialisés qui sont organisés selon une complexité croissante.
Chacune des entités considérés est en interrelation avec les autres, cependant
chacune est différente et possède une certaine autonomie. Les relations
qu'entretient l'individu avec son environnement sont différentes selon l’entité
mise en jeu. Il faut donc distinguer les types de relation possibles tout en
tenant compte des interactions. Dans notre conception, il n’y a aucune
coupure psycho-somatique (corps-esprit), car toutes les entités organisationnelles,
du biologique au représentationnel, sont en interaction constante et dépendent
les unes des autres.
Il s’ensuit deux abords complémentaires, l’un
« horizontal » concernant les relations de l’individu à son
environnement et l’autre « vertical », concernant les interactions
entre modes d’organisation au sein de l’individu. Examinons les successivement.
2/ Les relations horizontales
Notre modèle considère que les relations
qu'entretient l'individu avec son environnement sont différentes selon
ce qui au sein de l'individu est mis en jeu. Nous considérons quatre regroupements en
mode/appareils, jugés pertinents car ils sont mis en jeu de manière
identifiable dans les interactions humaines.
Nous distinguons quatre type d'interactions "horizontales" que nous figurons sur le schéma ci-dessous :
Type 1 : La connaissance de l'environnement passe par le M.A.C.R. et produit des conduites pratiques et signifiantes.
Type
2 : Des indices influent sur l'appareil neuroinformationnel et produisent des comportements.
Type
3 : Les stimulations produisent des réponses en passant par l'appareil neurophysiologique.
Type
4 : Les conditions en jouant sur le biosomatique donnent des réactions.
Ces quatre types de circuit interactifs ne sont pas exclusifs, ils se cumulent et se complètent.
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Les quatre type de relations avec l'environnement selon les quatres modes organisationnels interactifs
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Notons que ce schéma simplifié ne prend pas en compte les boucles interactives ni la dynamique interne à chaque mode.
Cette conception nous différencie du matérialisme qui ne veut
considérer que les interactions de type 2 et 3 et des spiritualistes qui
attribuent une substance au représentationnel, ce que sous-entend des
interaction au-delà de l'environnement.
Détaillons un peu.
Chaque mode est en interrelation avec les
autres, cependant chacun est différent et possède une certaine autonomie. Les
relations qu'entretient l'individu avec son environnement sont différentes
selon le mode mis en jeu. C’est le point crucial de notre conception : distinguer
chaque mode et voir quels sont les effets chacun tout en tenant compte qu’il y
a aussi une interaction entre eux.
Nous
distinguons donc des activités autonomes et des interactions environnementales
de quatre types :
Type cognitivo-représentationnel : La connaissance de l'environnement (qui comprend aussi
les autres humains et les formes signifiantes), passe par le niveau cognitivo-représentationnel, y
est traitée et produit des conduites et des formes signifiantes. Les
interactions avec l’environnement passent par l’intégration et le conatif/présentatif
dont nous négligeons le détail.
Type informationnel : Des informations (Indices, signaux, situations) sont
perçus, ils passent pour être traités par le niveau neurofonctionnel qui produit
des comportements, des attitudes, etc.. Les schèmes
neurofonctionnels sont issus d’apprentissages et font l’objet de remodelages
permanents.
Type neurologique : Les stimulations produisent des réponses en passant par les
systèmes neurobiologiques, par exemple les réflexes et les actes automatiques.
Les systèmes neurobiologiques à l’œuvre sont innés ou éventuellement reprogrammés
par apprentissage, les réponses sont automatiques.
Type biologique : Les conditions concrètes
envronnementale provoquent des réactions par l’intermédiaire du niveau biologique. Par exemple la
diminution en oxygène produit une hyperventilation. Le niveau biologique, quant à lui, donne
directement des manifestations de par son fonctionnement propre qui sont celles
de la vie.
Avec la description de ces types nous ne tenons pas compte des interactions "verticales" entre niveaux.
3/ Les relations verticales
Il faut également tenir compte à la fois du
passage d’un mode d’organisation à l’autre et des interactions entre l’appareil
neurobiologique et le reste du biosomatique (que nous considérons en bloc). Les
interactions se font entre entités contiguës et en cascade de proche en proche.
1/ interactions de contiguïté
- Entre le neurofonctionnel et le cognitivo-représentationnel
Il y a d’une
part une dépendance du second qui émerge du premier et, d’autre part, une
double interaction. Dans un sens, celui des systèmes intégratifs, le neurofonctionnel
forge les contenus et processus cognitivo-représentationnel et dans l’autre sens celui de
l’effectuation (qu’elle soit présentative ou conative) il y a une transcription
en mode neuroinformationnel (signalétique et chimique).
-Entre le neurologique et le neurofonctionnel
Le neurofonctionnel dépend du neurologique (des
réseaux neuronaux, des neuromédiateurs, des systèmes précablés). Il en constitue
le fonctionnement, mais en même temps s’autonomise au sens où le traitement de
l’information a ses propres règles. En mode descendant, il envoie des commandes
qui empruntent nécessairement le système neurologique.
- Entre le
neurologique et le biosomatique en général
Le neurologique commande les systèmes moteurs
et végétatifs. Ceci est trop connu pour être développé.
2/ Les actions en cascade :
- Descendante : du cognitivo-représentationnel au biosomatique
Cette action est certaine et évidente puisqu’il
faut passer par le biosomatique pour réaliser un acte quelconque commandé par
une idée.
Le neurofonctionnel et le neurologique agissent
constamment sur les régulations du tonus musculaire et sur le système neurovégétatif
ayant ainsi des actions viscérales.
- Ascendante : du biosomatique au
représentationnel
Ceci est plus obscur, mais on sait que, par voie montante,
les dysfonctions biologiques d’origine purement somatiques provoquent des
effets neurofonctionnels et représentationnels (les maladies graves s’accompagnent
d’idées de mort qui sont produites par le fonctionnent du représentationnel)
De plus, il est probable que le biosomatique interagit avec le
neurofonctionnel d'une manière qui est mal connue.
3/ Qu'avons nous désigné ?
Qu'avons nous désigné pour être ce qui détermine les conduites
humaines ? Autrement dit, qu'est-ce que représentent les cercles
concentriques de notre schéma du dessus ?
Les entités désignées sont un mixte épistémologique qui associe
spécialisation organique et degré de complexité. A partir du second cercle, nous considérons de
manière croisée un appareil spécialisé qui est l'appareil neurologique
et en son sein des niveaux d'organisation de complexité croissante.
Comment nommer cet ensemble regroupant de manière indissociable un
appareil et un niveau d'organisation précis ? Il n'existe aucun nom
disponible. Nous proposons mode-appareil : entité qui
associe mode d'organisation à un appareil vis-à-vis d'un ou plusieurs
organes.
Les cercles concentriques de notre schéma figurent des modes-appareils
et le dernier, le plus au centre, figure l'émergence du mode
cognitivo-représentionnel, comme ultime sophistication du
neurofonctionnel que nous nommons le M.A.C.R mode-appareil
cognitivo-représentationnel. .
Conclusion
Nous avons là modèle dont l'utilisation peut être très large. On peut y
faire des découpes selon le domaine d'étude. Par exemple, dans les
sciences de l'homme, divers objets d'étude sont constitués par la
relation horizontale de type cognitivo-représentationnel. En médecine, la
psychosomatique est concerné par le dysfonctionnement des relations
verticales.