Philo Sciences philosophie des sciences

Niveau ontologique et niveau de description

Patrick Juignet, Philosciences.com, 2010.



La théorie des niveaux d’intégration (Theory of integrative levels) a été proposée par les philosophes James K. Feibleman et Nicolaï Hartmann au milieu du XXe siècle et, presque simultanément (1942), par Werner Heisenberg. Cette vision du monde fut popularisée par Joseph Needham dans les années 60.

La conception ontologique des niveaux d'organisation décrit la constitution du monde. Elle suppose que le monde est organisé selon une série de niveaux d'organisation d'une complexité croissante. Leur regroupement en grands ensembles homogènes ayant chacun leurs lois propres, a été proposé au milieu du XXe siècle.  On peut ainsi distinguer depuis les niveaux physique, chimique, biologique, représentationnel, social. (voir : niveaux d'intégration)

La conception épistémologique des niveaux de description considère que les différentes sciences spéciales  (chimie, biologie,) décrivent un niveau qui leur apparaît comme tel. Cependant cette théorie ne se prononce sur l'aspect ontologique des niveaux considérés. Ce sont des découpes utiles, des manières de saisir les choses plus ou moins globalement.

Ces deux positions peuvent se combiner de diverses manières.

1/ La position émergentiste qui associe niveaux ontologiques et niveaux de description (voir niveaux d'organisation /intégration). Cette position ontologique pluraliste considère que les niveaux décrits correspondent à des niveaux d'existence.

2/ La position réductionniste qui considère qu'il n'y pas divers niveaux sur le plan ontologique. Il n'existe sur le plan ontologique que le niveau physique. Elle se scinde en deux selon qu'elle admet ou non les niveaux de description.

2.1  Si le réductionniste ne les admet pas, il est éliminativiste : il faut éliminer les sciences spéciales et les remplacer par la physique. C'est la position physicaliste du milieu du XIXe siècle, relayée au XXe siècle par l'empirisme logique ( Ernest Nagel, Paul Oppenheim, Hilary Putnam).

2.2 Le réductionnisme peut être éliminativiste attentiste. La justification pour accepter la connaissance du complexe consiste à dire que c'est en attendant mieux. La description de niveau supérieur est ni plus ni moins qu'une vue d'ensemble qui attend d'être ramenée à quelque chose de plus convenable. Les réductionnistes justifient cette seconde position en déclarant que l'on peut faire abstraction du référent d'une science pour ne considérer que son contenu conceptuel. C'est une position dite instrumentaliste (La théorie est un instrument commode pour expliquer les faits et rien de plus).

2.3 Si le réductionnisme les admets, il est non éliminativiste. "il y a en revanche différents niveaux de descriptions ou de théories les descriptions formulées dans les termes des sciences spéciales faisant abstraction de la composition physique des entités auxquelles elles se réfèrent" (Esfeld, Philosophie des sciences, Bruxelles, DeBoeck, 2009, p.221).


3/ La position mixte que nous défendons
Nous sommes résolument en faveur d'une ontologie émergentiste, mais qui n'exclut pas une unité du monde. Dès lors, une conciliation épistémologique est possible. La connaissance peut se situer au niveau ou elle le souhaite : par réduction elle va vers le simple et par synthèse elle considéré le complexe.


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