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Métaphysique et philosophie

Patrick Juignet, philosciences.com, 2010.




1/ Une définition de la métaphysique

Le Cercle de Vienne a proposé une démarcation entre les énoncés qui portent sur des données empiriques et les énoncés ne se référant à rien en ce monde. Force est de constater qu’une grande partie de la philosophie parle de manière abstraite d’objets qui n’existent pas, c’est-à-dire fait de la métaphysique.

Selon le contenu du discours, il est possible de distinguer trois types de métaphysiques, qui d'ailleurs se mélangent et se superposent souvent, la métaphysique "fantastique", la "généralisante" et la "subjectiviste".

La métaphysique fantastique.

C’est la forme traditionnelle la plus répandue, car elle fait partie des dogmes religieux qui connaissent depuis les origines de l’humanité un succès jamais démenti.  Ses thèmes sont le  surnaturel, le divin, l’âme, les esprits, la vie après la mort, etc. Ces idées sont connues par révélation ou croyance.

La métaphysique généralisante.

C’est une forme tout aussi ancienne qui concerne des thèmes comme l’indéterminé, la forme, l’absolu, la matière, l’inconditionné, l’être en tant qu’être, l’infini, ou encore des thèmes nés de la juxtaposition des précédents comme l'ontologie de l'altérité, la dialectique du même et de l'autre. Il s’agit d'idées générales et abstraites qui sont attribuées au monde et connues a priori.

La métaphysique subjectiviste.

Elle consiste à partir de notions ordinaires puis à les remanier par une méditation personnelle et à en faire des discours abstrait. Elle concerne soi, l’autre, le sujet, la liberté, la mort. Ces idées sont connues par une intuition intellectuelle qui les pose d’évidence pour être justes et effectives.

Note : Nous n'employons jamais le terme de "métaphysique scientifique" (David Papineau, Michael Esfeld) qui est une contradiction absolue. La métaphysique se définit d'être au delà de la physis et ses procédés sont antiscientifiques. Nous utilisons le teme d'ontologie scientifique et de mythe scientifique pour désigner les assertions générales issues de la science.

2/ Critique de la métaphysique

Après Kant, on sait qu’on ne peut rien connaître, ni par concept, ni par intuition, sur l’en soi, ce qui récuse toutes les métaphysiques traditionnelles. Toutefois, le monde en soi (tel qu’il est en dehors de nous) ne nous est pas totalement inaccessible, car les faits connus sont en rapport avec son existence. Il est donc légitime de tenir un propos ontologique qui donner une idée de l’en soi à partir du connu. Nous l’appelons une ontologie physique pour la distinguer de la métaphysique. Elle fournit a posteriori un cadre de pensée général.

Au-delà de l’ontologie physique, que reste-t-il ? Il reste soit le surnaturel (le divin, l’âme, les esprits) connus par révélation, soit des idées floues et d’une extrême abstraction (l’absolu, l’inconditionné, l’être en tant qu’être, l’infini). Ces thèmes nourrissent deux des grands genres de la métaphysique, le surnaturel-fantastique et le général-abstrait, genres qui d'ailleurs se superposent souvent.

Le Cercle de Vienne dénonçait la métaphysique comme une connaissance dépourvue de sens, car ce mouvement positiviste désignait par le terme de sens le lien à un référent dans le monde. Nous n'admettons pas cette conception, car le sens des énoncés a une dimension représentationnelle indépendante de sa référence, et donc nous contestons que la métaphysique soit insensée. Tout au contraire, la métaphysique fabrique du sens et c’est même ce qui motive son succès. Ce sens sert à enchanter le monde, à lutter contre l’angoisse devant l’absurdité et l’immensité (Blaise Pascal en donne un exemple), à se consoler des difficultés de la condition humaine (l’impuissance et l’ignorance, la souffrance et la mort).

3/ Métaphysique et idéologie

En général elles ont partie liée. La métaphysique sert de fondement et de caution à l'idéologie.

La métaphysique fantastique, depuis toujours, justifie le politique. C'est appuyé sur Dieu que le pharaon, le roi, ou le calife et toute la hiérarchie, justifie sa position dominante et son pourvoir. L'utilisation de la métaphysique favorise la croyance en l'idéologie, car elle fait référence mystifiante à un ailleurs connu par révélation des seuls initiés (d'abord le prophète), en même temps qu'elle détourne l'attention de la réalité du pouvoir.

La métaphysique généralisante procède de la même manière.  L'ontologisation abusive d'aspect purement empiriques comme le travail, la population, le pouvoir politique, permet à Heidegger de  transformer le travail en mode d'être du peuple Allemand  au même titre que le souci. La substance de l'homme devient l'existence qui est celle de la communauté organique du peuple, qui a un lien vivant avec son Führer. (voir le livre d'Emmanuel Faye  Heidegger, L'introduction du nazisme dans la philosophie, Paris, Albin Michel, 2005). Tout cela justifie l'idéologie.

4/ Une philosophie dévoyée

La métaphysique est un discours vide qui serait sans conséquence s'il ne présentait le grave inconvénient de nous détourner de la réalité du monde. En effet, le discours métaphysique, quoique sans objet, a la prétention d'en avoir un et de dire des Vérités. Par ce fait, il embrouille le jugement.

Les genres généralisant et subjectiviste donnent des discours vains et ennuyeux qui provoquent parfois le mépris d’une partie du public cultivé. Ce mouvement négatif entraîne avec lui un rejet de toute la philosophie, ce qui est très dommageable, car on a grand besoin d'une réflexivité critique et de synthèses dépassant les données empiriques.

Quant à la métaphysique fantastique, elle donne un sens illusoire facteur d’ignorance et d’obscurcissement de la pensée. Le besoin qu'ont la plupart des hommes de donner un sens à leur vie, s'il était assouvi par une éthique appropriées au monde, serait un vrai moteur pour une amélioration de la condition humaine.

Les deux réunies servent d'appui aux idéologies, alors que la philosophie se devrait plutôt d'être une critique de l'idéologie.


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