Le Cercle de Vienne a proposé une démarcation entre les énoncés qui portent sur des données empiriques et les énoncés ne se référant à rien en ce monde. Force est de constater qu’une grande partie de la philosophie parle de manière abstraite d’objets qui n’existent pas, c’est-à-dire fait de la métaphysique.
Selon le contenu du discours, il est possible de distinguer trois types de métaphysiques, qui d'ailleurs se mélangent et se superposent souvent, la métaphysique "fantastique", la "généralisante" et la "subjectiviste".
Au-delà de l’ontologie physique, que reste-t-il ? Il reste soit le surnaturel (le divin, l’âme, les esprits) connus par révélation, soit des idées floues et d’une extrême abstraction (l’absolu, l’inconditionné, l’être en tant qu’être, l’infini). Ces thèmes nourrissent deux des grands genres de la métaphysique, le surnaturel-fantastique et le général-abstrait, genres qui d'ailleurs se superposent souvent.
Le Cercle de Vienne dénonçait la métaphysique comme une connaissance dépourvue de sens, car ce mouvement positiviste désignait par le terme de sens le lien à un référent dans le monde. Nous n'admettons pas cette conception, car le sens des énoncés a une dimension représentationnelle indépendante de sa référence, et donc nous contestons que la métaphysique soit insensée. Tout au contraire, la métaphysique fabrique du sens et c’est même ce qui motive son succès. Ce sens sert à enchanter le monde, à lutter contre l’angoisse devant l’absurdité et l’immensité (Blaise Pascal en donne un exemple), à se consoler des difficultés de la condition humaine (l’impuissance et l’ignorance, la souffrance et la mort).
En général elles ont partie liée.
La métaphysique sert de fondement et de caution à l'idéologie.
La métaphysique fantastique, depuis toujours, justifie le politique. C'est appuyé sur Dieu que le pharaon, le roi, ou le calife et toute la hiérarchie, justifie sa position dominante et son pourvoir. L'utilisation de la métaphysique favorise la croyance en l'idéologie, car elle fait référence mystifiante à un ailleurs connu par révélation des seuls initiés (d'abord le prophète), en même temps qu'elle détourne l'attention de la réalité du pouvoir.
La métaphysique généralisante
procède de la même manière. L'ontologisation
abusive d'aspect purement empiriques comme le travail, la population,
le pouvoir politique, permet à Heidegger de transformer le
travail en mode d'être du peuple Allemand au même titre que le
souci. La substance de l'homme devient l'existence qui est celle de la
communauté organique du peuple, qui a un lien vivant avec son Führer.
(voir le livre d'Emmanuel Faye Heidegger, L'introduction du
nazisme dans la
philosophie, Paris, Albin Michel, 2005). Tout cela justifie
l'idéologie.
La métaphysique est un discours vide qui serait sans conséquence s'il ne présentait le grave inconvénient de nous détourner de la réalité du monde. En effet, le discours métaphysique, quoique sans objet, a la prétention d'en avoir un et de dire des Vérités. Par ce fait, il embrouille le jugement.
Les genres généralisant et
subjectiviste donnent des discours vains et ennuyeux qui provoquent
parfois le mépris d’une partie du
public cultivé. Ce mouvement négatif entraîne avec lui un rejet de
toute la
philosophie, ce qui est très dommageable, car on a grand besoin d'une
réflexivité critique et de synthèses dépassant les données empiriques.
Quant à la métaphysique
fantastique, elle donne un sens
illusoire facteur d’ignorance et d’obscurcissement de la pensée. Le
besoin qu'ont la plupart des hommes de donner un sens à leur vie, s'il
était assouvi par une éthique appropriées au monde, serait
un vrai moteur pour une amélioration de la condition humaine.
Les deux réunies servent d'appui
aux idéologies, alors que la philosophie se devrait plutôt d'être une
critique de l'idéologie.