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Le Cercle de Vienne

Patrick Juignet, Philosciences.com, 2010.

La Conception scientifique du monde, connue aussi sous le titre Manifeste du Cercle de Vienne est un texte historique et programmatique de Rudolf Carnap, Hans Hahn et Otto Neurath, publié en 1929, qui décrit les projets en épistémologiques et politiques des membres du Cercle de Vienne. Ce texte est dédié à Moritz Schlick venu rejoindre le cercle. Il avait précédemment réuni des philosophes et des scientifiques désireux de travailler à une conception scientifique du monde.


PLAN


Le contexte de 1929

Vienne est une ville culturellement et scientifiquement en pointe. Le Cercle qui se forme se compose de philosophes qui sont aussi des scientifiques actifs. Ils ont pour projet de réfléchir sur le fondement et la nature de la connaissance scientifique, avec pour mot d'ordre l'éviction de la métaphysique. Ils veulent aussi fonder une philosophie rationnelle connectée avec l'avancée des sciences.

Le contexte intellectuel est très particulier: Nous sommes dans les années de crise de la physique classique, ébranlée d'abord par la théorie de la relativité, puis la naissance de la mécanique quantique. Du point de vue philosophique, il se produit une irruption de courants irrationnalistes, contre lesquels s'élève le Cercle.

Le Cercle est à l'origine de l'empirisme logique. La thèse principal est que toute connaissance scientifique doit venir soit de l'expérience soit d'une vérité logique ou mathématique. Le cercle se réunira de 1929 juqu'à 1936 date de l'assassinat de Moritz Schlick par un nazi.

Les thèses principales

Nous retiendrons du Manifeste seulement l’aspect philosophique principal qui est l’exposé d’une conception scientifique du monde. Celle-ci n'est pas un ensemble d’affirmation, mais l'adoption d'une attitude empiriste et positiviste associée à la logique. C'est pourquoi on parle de positivisme logique ou d'empirisme logique.

La science

La connaissance commence par des propositions empiriques élémentaires qui sont appelés des "énoncés protocolaires". Chacun de ces énoncés est susceptible d'une vérification immédiate. À partir d'un ensemble d'énoncés vérifiés, par induction selon des raisonnements logiques et mathématiques, il serait possible de construire une théorie scientifique. Réciproquement, les théories scientifiques permettent de prévoir des faits descriptibles par des énoncés protocolaires, qui seront confirmés, ou infirmés, par l'expérimentation.

Les propositions élémentaires sont dites synthétiques, elles portent sur le monde et elles sont vraies si elles correspondent au monde. Cette correspondance est leur "signification". Les propositions logiques et mathématiques sont des propositions analytiques et sont vrais (ou fausses) par validité interne, indépendamment du monde. Elles sont sans significations.

Toutes les théories scientifiques pourraient se ramener à des systèmes explicatifs de type logicomathématiques et à des propositions élémentaires empiriques. Les premières sont les "explications" et les secondes la "justification" de la théorie explicative.

Cela abouti à distinguer le "contexte de la découverte" (renvoyé du côté des sociologues ou psychologues) et le "contexte de la justification".  La philosophie analytique propose un analyse normative de la justification et laisse de côté le contexte de la découverte.

La métaphysique

L'analyse des énoncés portant sur le monde permet de faire apparaître une démarcation entre les énoncés qui portent des données empiriques et les énoncés dits « dépourvus de signification », parce qu'ils ne portent sur rien d'empiriquement constatable. Les seconds sont qualifiés de "métaphysiques" (car ils portent sur des sujets traditionnellement considérés comme tels).

La métaphysique s'expliquerait par deux types d'erreurs, d’une part l'usage du langage ordinaire, d'autre part la supposition d’une connaissance possible par la seule pensée, sans l'aide d'aucune donnée empirique. Cela vise directement la possibilité de jugements synthétiques a priori. La pensée abstraite ne serait capable que de jugements analytiques, passant par déduction d'un énoncé à un autre sans pouvoir rien y ajouter.

La métaphysique, qui prétend donner des jugements synthétiques a priori dans le langage ordinaire est sans fondement.

Conclusion

Suite au nazisme, les membres du Cercle de Vienne vont émigrer aux USA où va se développer l'empirisme logique puis la philosophie analytique. Quelle filiation y a t-il ? Pour Carnap le critère de démarcation de la science est le fait qu'un énoncé ait une "significtion", c'est-à-dire qu'il puisse être clairement vrai ou faux. Cela conduit vers une philosophie du langage de façon à voir quel types dénoncés peuvent être ainsi testés ; c'est ce qui donnera à la philosophie analytique. Popper qui émigre en nouvelle Zélande prendra une autre orientation.

On voit bien la clarification l'on peut retirer de cette conception. Mais, il y a une radicalité excessive dans la norme proposée. Une science ne doit employer que des termes et des énoncés directement référables à la réalité et les seuls outils non empiriques acceptables sont logicomathématiques. C'est évidemment plus compliqué que cela et la plupart des sciences ne sont pas de ce type. Quant aux tentatives de reconstruction des sciences faites sur cette base, elles sont singulièrement simplificatrices.


Bibliographie

Wissenschaftliche Weltauffassung. Der Wiener Kreis, Wien, Artur Wolf Verlag, 1929.

« La Conception scientifique du monde : Le Cercle de Vienne », in Manifeste du Cercle de Vienne et autres écrits, Paris, PUF, 1985.


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