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La conception de Noam Chomsky

Patrick Juignet, Philosciences.com, 2010

En 1957, Noam Chomsky  publie Structures syntaxiques où il affirme que le langage humain vient d'une capacité innée et qu'il existe une grammaire universelle c'est-à-dire commune à toutes les langues.


Les arguments de Chomsky

Il soutiendra constamment que la capacité langagière présente chez l'homme a un fondement biologique, contrôlé par la génétique. C'est une capacité innée, même si les formes de son actualisation sont acquises. En faveur de cette thèse, il évoque une argumentation de bon sens. Une partie de la grammaire n'est pas apprise, mais construite spontanément. De plus et comlémentrairement il semble impossible de pouvoir acquérir quelque chose d'aussi complexe qu'une langue dès l'âge 5 ou 6 ans. La capacité le permettant doit être déjà présente, c'est à dire implantée biologiquement.

Il défend aussi une argumentation plus savante. Sa grammaire générative montre qu'il y a des processus génératifs simples et communs à tous les hommes. S'il sont communs à tous (universels), il est alors asez légitime de penser qu'ils soient d'origine génétique.

l'indépendance des composants du langage et de la pensée

L'autre hypothèse caractéristique de Chomsky est que la sémantique, la syntaxe et phonologie sont séparées. Sa grammaire générative universelle concerne la syntaxe. Les procédures issues de ce système permettent de générer des discours organisés et hiérarchisés. Ces discours peuvent mis en rapport avec le système sensori-moteur qui l'exprime et le système de la pensée. Selon Chomsky, ces autres systèmes n'influencent pas la procédure générative de la syntaxe.

Citons le : "La connaissance d'une langue implique la capacité d'attribuer à un ensemble infini de phrases une structure superficielle et une structure profonde, de lier correctement ces structures et de donner une interprétation sémantique et une interprétation phonétique aux structures superficielles et profondes associées" (Le langage et la pensée, p. 51). La personne qui connaît une langue possède une grammaire qui génère l'ensemble infini des structures profondes potentielles, qui peuvent être ensuite interprétées de manière sémantique ou phonétique.

La grammaire ou syntaxe générative est une méthode d'analyse permettant de montrer comment est générée une langue selon sa syntaxe. Les régularités formelles qui s'observent dans les règles de réécriture d'une langue, ou d'une langue à l'autre, sont la conséquence de la méthode utilisée. L'application de cette méthode montre des contraintes : la syntaxe suit telle règle et pas une autre. Elle enregistre des contraintes qui sont celles qui déterminent la syntaxe.

Le langage et l'homme

Pour Chomsky, contrairement à ce que soutient l'une des tendances structuralistes, la langue n'est pas autonome et extérieur à l'homme (munie d'une structure qui lui serait propre). L'homme n'est pas "parlé" par le langage, il n'est pas déterminé de manière hétéronome par une structure lui serait externe. Le langage est, au contraire, le produit d'une capacité qui appartient à l'homme et est inscrite génétiquement en lui.

Contrairement à la tendance dite fonctionnaliste en linguistique, le langage n'est pas, selon Chomsky, fait pour et par la communication ; il sert principalement à penser et secondairement à communiquer. Quoique différent du système cognitivo-conceptuel, le langage en se liant à ce système a pour principale fonction de permettre la pensée.

Chomsky et le représentationnel

Si l'on suppose une capacité biologique innée concernant le langage elle vient s'inscrire dans le cerveau. L'expression de gènes se fait nécessairement dans les structures et le fonctionnement neurobiologique.

Par ailleurs, pour montrer son processus générateur, Chomsky procède par abstraction à partir des aspects factuels du langage. Il montre donc quelque chose qui est fondateur, basal, générateur et universel ce qui est une manière de définir le représentationnel.

Il paraît donc assez légitime de faire l'hypothèse que le processus générateur du langage dont parle Chomsky est l'un des aspect de l'émergence du représentationnel  partir du neurobiologique. Le travail de Chomsky s'inscrit dans l'hypothèse de l'émergence du représentationnel que nous défendons.

Notons que pour Chomsky la grammaire universelle (commune à tous les hommes)  est une connaissance biologiquement déterminé correspondant à ce qui permet à l'humain d'acquérir une langue naturelle. Nous ne partageons pas exactement cette conception. Nous dirons plutôt que c'est le support neurobiologique permettant l'émergence de la syntaxe qui est biologiquement déterminé. En effet les lois de la syntaxe ne sont d'évidence pas des lois  biologiques.

Pour nous, c'est précisément l'existence d'un déterminisme propre attesté par des lois trouvée scientifiquement qui autorise à poser un niveau d'existence indépendant.  Or, il nous semble bien que Chomsky et son école montrent que les syntaxes des langues humaines suivent des règles qui leur sont propres. 

La remarque s'impose qu'il y a une parenté de méthode avec Claude Lévi-Strauss, mais Noam Chomsky n'aboutit pas au même résultat. Lévi-Strauss à notre avis montre un autre aspect de l'émergence représentationnelle, une autre capacité d'ordonnancement propre à l'homme.

Bibliographie
Chomsky N., Language and mind, New-York, Harcourt, 1968.
Chomsky N., Le langage et la pensé, Paris, Payot, 1969.

Webographie
http://www.chomsky.info



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