Le structuralisme fut la pensée dominante dans les sciences de l’homme en Europe dans la seconde moitié du XXe siècle. Dans les années 60, la plupart des intellectuels se rattachèrent au structuralisme (après le déclin de l’existentialisme et de la phénoménologie). Le structuralisme est devenu un dogme.
La méthodologie structurale cherche à repérer un ordre présent derrière les faits et leurs variations. La saisie de cet ordre a donné l’espoir de sortir la connaissance de l’homme de la « compréhension » et des interprétations subjectives afin de la faire entrer dans l’ère de la scientificité. La « structure » ainsi conçue est un modèle explicatif synthétique mis en rapport avec les faits épurés et leurs transformations.
Passé ce principe, qui fait l’objet d’un accord général, les conceptions du structuralisme sont bien différentes et parfois très floues. Le degré de formalisation jugée indispensable, le mode d’existence de l’organisation étudiée et son pouvoir de genèse, ont été sujets à d’âpres controverses. La structure est tantôt considérée comme un schéma théorique (position formaliste et opérationnaliste) tantôt comme un être véritable (position ontologisante).
Il y a sur le plan de la méthode quelque chose
d'intéressant pour les sciences de l'homme. Le structuralisme a
permis de sortir de l'abord purement empirique et de ses pièges (du
fait de l'identité entre explanans et explanandum) pour aller vers la
recherche d'un sous-jacent mieux objectivable.
La critique du sujet, en tant qu’unité transcendantale, amorcée par le structuralisme est intéressante. L’idée d’un sujet hors du monde, d’une unité synthétique ultime, paraît sans fondement. L’homme est au contraire multiple et divisé, en interaction avec le monde et avec ses semblables. S’il y a une unité relative c‘est celle de l’individu à situer dans son environnement, ou celle de l’agent se mettant dans une position particulière vis-à-vis d’une tâche donnée.
Pour Piaget dans Le Structuralisme (1968), « le danger permanent qui menace le structuralisme, est le réalisme de la structure ». Ce réalisme de la structure rejoint est un idéalisme car la structure n’est pas concrète. Mais, en général, dans ces années-là, le structuralisme se rattache surtout au langage car c’est un moment de mise en exergue de la linguistique comme modèle pour les sciences de l’homme. Cette conception structurale se synthétise dans la « fonction symbolique » avec Lévi-Strauss ou « l’ordre symbolique » avec Lacan.
Le structuralisme a eu une ambition unificatrice intéressante pour les sciences humaines.Une partie du
mouvement
structuraliste qui avait une ambition de séparation duelle
esprit/culture d’un
côté et corps/nature de l’autre avec la volonté de donner une
prééminence au
culturel. Il paraît plus intéressant de se placer dans une perspective
continuiste
d’intégration et de différenciation de l’un et de l’autre.
L’importance extrême donnée au logico-linguistique par le structuralisme nous paraît sans fondement. La mise en avant de la syntaxisation, la prévalence du signifiant qui viennent d’une double inspiration linguistique et computationnisme ressemble bien à un effet de mode. Ramener l’humain à une combinatoire désincarnée, dire que la signification ne vient que du jeu combinatoire des rapports structuraux, a été un dogme admis sans démonstration. L’idée que l’une des structures déterminante pour l’homme serait la « structure du symbolique », demande à d’être remplacée par celle d’une diversité de systèmes et processus représentationnels.
Sur le plan de la méthode, le structuralisme voulait saisir derrière la diversité phénoménale un arrière-plan fondateur qui serait la structure. Mais aller vers une ontologie de la structure (réalisme structural) pose un problème car la structure est d'abord un modèle théorique. L’affirmation réaliste selon lequel il serait le fondement réel des choses est douteuse.
Le structuralisme a ignoré la pensée
holistique
systémique, celle de la complexité, de l’émergence, de
l’auto-organisation,
de l’interactivité. La pensée structuraliste
est une
pensée de l‘ordre, des rapports fixes, de la reproduction, de
l’invariance.
On trouve chez certains structuralistes une
volonté de chosification de l’homme, un antihumanisme. La dépossession
de
l’homme de lui-même serait motivée par la constatation d’une
hétéronomie objective : l’homme serait déterminé par des structures qui
lui sont
extérieures (celle du langage, celle de l’économie). Il n’y a pas de
motif valable
pour que la démonstration de déterminismes débouche sur un
antihumanisme.
Pour plus de détail sur le différents
structuralismes voir les articles sur Lévi-Strauss, Foucault, Chomsky.