Patrick Juignet, Philosciences. com, 2008.
Cette note est issue d'une discussion avec Alex
Rosenberg (Pr de philosophie, Duke University) lors de sa venue à
Paris. Le réductionnisme en biologie
présente des formes
diverses. Pour Alex Rosenberg, il existe une forme faible qui ne
présente
pas
d'inconvénients.
Avec Alex Rosenberg, disons d'abord ce que ce
réductionnisme faible n’est pas :
-Il ne s’agit pas de dérivation de
lois à partir d’autres
comme dans les doctrines de type positivistes, car en biologie il n’y a
pas de
lois.
-Ce n’est pas un éliminativisme qui
nierait les niveaux supérieurs
autres que moléculaires. Pour Rosenberg l’éliminativisme est une
« reductio ad absurdum ».
-Ce n’est pas une méthode de
recherche bottom-up,
considérant qu’on ne peut bâtir une connaissance qu’à partir de la
connaissance
du niveau inférieur. Tout niveau a droit à une explication propre.
Puis vient une définition
positive. Alex Rosenberg
définit le réductionnisme faible par le fait que :
- Il y a une continuité entre niveaux
de complexité
(physique, macromoléculaire, biologique) et toute explication
biologique peut
être approfondie au niveau macromoléculaire, puis physique.
- Il n’y pas de causalité descendante
de l’individu dans son ensemble vers le
macromoléculaire.
Le réductionnisme au sens d'une prépondérance de
la méthode
analytique qui ramène, autant que faire se peut, aux aspects simples
est utiisé positivement en biologie. Mais, on
se donne
une limite, en arrêtant la décomposition au macromoléculaire.
Selon nous ce n’est
donc pas
un réductionnisme vrai, car il y a un moment de synthèse au niveau jugé
pertinent. Le réductionnisme strict ne s’arrête pas à un niveau donné,
il
cherche à descendre le plus bas possible, il veut éliminer le complexe
pour le
ramener au simple, car lui seul constitue la vraie réalité.
Cette manière de voir est compatible
avec
la continuité entre niveaux d’organisation que nous
défendons. Dire qu’un approfondissement des
explications du niveau supérieur par
l’inférieur est souhaitable, nous paraît tout à fait juste et ce n’est
pas une
thèse franchement réductionniste.