Acadmie royale 1667

 

Le blog d'actualité

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SOCIÉTÉ ET POLITIQUE

Après la post-modernité, la post-démocratie ?

 

La démocratie devient un spectacle, pendant que l'essentiel se déroule en coulisses

L'Europe est en crise, rejetée ou ignorée par les peuples, dominée par la technocratie et les lobbies économiques et financiers. Les politiques ont perdu toute crédibilité, l'abstention atteint des sommets. Sommes-nous entrés dans l'ère la « post-démocratie », théâtre vidé de sa substance, quand les véritables décisions sont prises en coulisses, à l'écart de la scène publique ? Et comment allons-nous en sortir ? En cédant aux tentations autoritaires ou en réinventant la démocratie ? Autant de questions posées par Yves Sintomer, professeur de science politique à l'université Paris 8, dans un article que vient de publier l'excellente Revue du Crieur.

Qu'entend-on exactement par « post-démocratie » ?

Le terme a été inventé, au début des années 2000, par un universitaire anglais, Colin Crouch. Selon lui, les régimes politiques occidentaux auraient vécu le pic de leur démocratisation un peu avant la Deuxième guerre mondiale pour les Etats-Unis, et dans les décennies qui l'ont immédiatement suivie pour les autres. Puis, la situation se serait peu à peu dégradée. Aujourd'hui, nous serions ainsi entrés dans l'ère de la post-démocratie : les institutions démocratiques demeurent évidemment, avec des élections libres, des partis politiques en compétition, un Etat de droit, la séparation des pouvoirs etc. Mais les décisions les plus importantes sont prises ailleurs, dans d'autres cadres : ceux des grandes firmes internationales, des agences de notation ou des organismes technocratiques comme la Banque mondiale. Bref, la mondialisation économique et le capitalisme financier auraient, pour une bonne part, vidé la démocratie de sa substance.

Propos de  Michel Abescat  recueillis dans  Télérama .fr

Sommes nous dans l'ère du "post", de "l'après", mots qui qualifient uniquement la temporalité, mais laissent un vide sur ce qui est. Le terme "inqualifiable" a souvent un sens péjoratif, mais au sens propre, c'est ce qu'on n'arrive pas à définir et donc à nommer. Le relativisme, la perte des repères, l'abandon des principes, le contournement des institutions, rendent ce qui se passe difficile à qualifer et provoquent un malaise qui ressemble bien à l'anomie dont parle Durkheim.

 

SOCIÉTÉ ET POLITIQUE

L'anomie ou la perte des repères sociaux

emileLa notion d'anomie, forgée par le sociologue Émile Durkheim, désigne la situation difficile des individus qui survient lorsque les règles sociales sont incompatibles entre elles ou qu'elles sont minées par les changements économiques et idéologiques.

Durkheim considère l'anomie comme une pathologie d'origine sociale (De la division du travail social  et le Suicide). Cette idée de pathologie sociale est importante ; elle contraste avec le relativisme que l'on a vu se développer ensuite en sociologie. Le terme de pathologie note quelque chose de défavorable, qui produit une souffrance individuelle. Lorsque les sociétés évoluent, le changement provoque des troubles dont souffrent les hommes. Cette souffrance anomique vient de l'absence de règles communément admises si bien que les liens qui rattachent l’individu à la société se désagrègent. Durkheim voit comme cause d'anomie à la fin du XIXe siècle un développement techno-économique trop rapide pour que la société s'adapte.

De nos jour, du fait de la mondialisation de l'économisme ambiant, on assiste à un changement du type décrit par Durkheim. On constate à la fois un brouillage idéologique, un changement de mœurs et un recul des valeurs admises, qui conduisent à une relative déstabilisation de l'ordre social : les lois et les règles en cours, le système politique, ne semblent plus garantir la régulation sociale. On peut aussi parler de vide idéologique, symptôme de la post-modernité qui a été identifié, entre autres, par Gilles Lipovetsky qui décrit en 1983 « l’ère du vide » (voir l' Entretien avec Dany Robert Dufour). De nos jours, l'absence de réponse politique face à de la montée des antagonismes religieux laisse les populations perplexes.

Le terme d'anomie est peu connu, mais il parait bien adapté aux dérèglements qui nous touchent actuellement. Actuellement, le vide idéologique et le brouillage des repères, bref l'anomie, ouvrent la porte aux idéologies simplistes et extrèmistes. De fait, nous les voyons prendre de l'ampleur en ce début de XXIe siècle.

PARUTION

 

La face cachée des cellules

 

Parution  : La face cachée des cellules (Quand le monde des ARN bouscule la biologie) De Frédérique Théry, 296 pages, 16,4 x 24 cm, Editions Matériologiques, Collection Science et Philosophie, 21 €, Préface de François Gros de l’Académie des Sciences.

Au début des années 2000, la conception des génomes comme des machines à produire des protéines a été rendue caduque par la découverte inattendue dans les cellules d’une myriade d’ARN non traduits en protéines: les ARN non codants. Les recherches sur ces ARN, qui assurent des fonctions régulatrices majeures au sein des cellules, ont profondément modifié la représentation que les biologistes se font des propriétés de l’ADN et des processus cellulaires. Cet ouvrage se propose de retracer l’histoire, tant fascinante que complexe, des travaux qui ont mis en lumière le rôle régulateur des ARN.

Au-delà de cette perspective historique, l’auteur poursuit un projet plus ambitieux: celui de montrer que l’étude des ARN non codants accompagne, voire catalyse, certaines transformations théoriques, conceptuelles et épistémologiques majeures affectant la biologie moléculaire contemporaine. Outre qu’elle a conduit à réviser et étendre les fondements théoriques sous-tendant de nombreux champs disciplinaires, l’existence de ces ARN invite à repenser la pertinence et l’importance du concept de gène, ainsi que celui d’information, dans les théories biologiques. Les recherches sur les ARN non codants apportent par ailleurs un éclairage original sur l’évolution des démarches d’investigation et des pratiques explicatives mises en œuvre dans la biologie post-génomique. Autant de questions abordées qui intéresseront tout lecteur désireux de porter un regard novateur sur la biologie moléculaire contemporaine.

  Préface de François Gros, de l'Académie des sciences

http://materiologiques.com/sciences-philosophie-2275-9948/228-la-face-cachee-des-cellules-quand-le-monde-des-arn-bouscule-la-biologie-9782373610628.html

 

Frédérique Théry a écrit dans Philosophie, science et société : Le concept de mécanisme en biologie