Acadmie royale 1667

 

Billets d'humeur et d'actualité

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SEMINAIRE à NICE

Les sciences humaines et sociales à la recherche de leur fondement

Entre l'esprit-substance des spiritualistes, le cerveau des matérialistes ou le mental des psychologues, que choisir ? La société est-elle un assemblage d'individus ou une totalité ? Est-elle une réalisation de l'Esprit universel ou le produit de l'infrastructure économique ? Pour trouver des réponses raisonnées à ces questions, nous allons suivre le déroulement de l'histoire des idées en psychologie, psychiatrie, psychanalyse, neurobiologie, anthropologie et sociologie, du XIXe siècle à nos jours. Nous verrons que toutes ces disciplines tâtonnent à la recherche d'un fondement ontologique qu'elles ont du mal à trouver, ce qui les divise et les oppose. Cette incertitude sur le fondement a d'importantes conséquences sur le plan de la méthode, ce qui occasionne une querelle épistémologique sur la bonne façon de faire et sur la possibilité même d’une scientificité pour les sciences humaines et sociales.

Dates et lieu

Campus Carlone 98 Bd Edouard Herriot 06204 Nice Bâtiment Annexe

Le séminaire aura lieu tous les derniers mercredi du mois, à partir d’octobre sauf pendant les périodes de vacances universitaires

Horaire : de 17 à 19 heures.

Mercredi 26 octobre 2016 : L’épistémè moderne comme arrière-plan aux sciences humaines et sociales

Mercredi 26 novembre2016 : Le dualisme et son refus dans la conception de l’homme

Mercredi 26 janvier 2017 : Idéalisme contre matérialisme dans la conception sociale

 

SOCIÉTÉ ET POLITIQUE

La démocratie devient un spectacle, pendant que l'essentiel se déroule en coulisses

L'Europe est en crise, rejetée ou ignorée par les peuples, dominée par la technocratie et les lobbies économiques et financiers. Les politiques ont perdu toute crédibilité, l'abstention atteint des sommets. Sommes-nous entrés dans l'ère la « post-démocratie », théâtre vidé de sa substance, quand les véritables décisions sont prises en coulisses, à l'écart de la scène publique ? Et comment allons-nous en sortir ? En cédant aux tentations autoritaires ou en réinventant la démocratie ? Autant de questions posées par Yves Sintomer, professeur de science politique à l'université Paris 8, dans un article que vient de publier l'excellente Revue du Crieur.

Qu'entend-on exactement par « post-démocratie » ?

Le terme a été inventé, au début des années 2000, par un universitaire anglais, Colin Crouch. Selon lui, les régimes politiques occidentaux auraient vécu le pic de leur démocratisation un peu avant la Deuxième guerre mondiale pour les Etats-Unis, et dans les décennies qui l'ont immédiatement suivie pour les autres. Puis, la situation se serait peu à peu dégradée. Aujourd'hui, nous serions ainsi entrés dans l'ère de la post-démocratie : les institutions démocratiques demeurent évidemment, avec des élections libres, des partis politiques en compétition, un Etat de droit, la séparation des pouvoirs etc. Mais les décisions les plus importantes sont prises ailleurs, dans d'autres cadres : ceux des grandes firmes internationales, des agences de notation ou des organismes technocratiques comme la Banque mondiale. Bref, la mondialisation économique et le capitalisme financier auraient, pour une bonne part, vidé la démocratie de sa substance.

Propos de  Michel Abescat  recueillis dans  Télérama .fr

Sommes nous dans l'ère du "post", de "l'après", mots qui qualifient uniquement la temporalité, mais laissent un vide sur ce qui est. Le terme "inqualifiable" a souvent un sens péjoratif, mais au sens propre, c'est ce qu'on n'arrive pas à définir et donc à nommer. Le relativisme, la perte des repères, l'abandon des idéaux, le contournement des institutions, rendent ce qui se passe dans la société contemporaine difficile à qualifier et provoquent un malaise qui ressemble bien à l'anomie dont parle Durkheim.

 

SOCIÉTÉ ET POLITIQUE

L'anomie ou la perte des repères sociaux

emileLa notion d'anomie, forgée par le sociologue Émile Durkheim, désigne la situation difficile des individus qui survient lorsque les règles sociales sont incompatibles entre elles ou qu'elles sont minées par les changements économiques et idéologiques.

Durkheim considère l'anomie comme une pathologie d'origine sociale (De la division du travail social  et le Suicide). Cette idée de pathologie sociale est importante ; elle contraste avec le relativisme que l'on a vu se développer ensuite en sociologie. Le terme de pathologie note quelque chose de défavorable, qui produit une souffrance individuelle. Lorsque les sociétés évoluent, le changement provoque des troubles dont souffrent les hommes. Cette souffrance anomique vient de l'absence de règles communément admises si bien que les liens qui rattachent l’individu à la société se désagrègent. Durkheim voit comme cause d'anomie à la fin du XIXe siècle un développement techno-économique trop rapide pour que la société s'adapte.

De nos jour, du fait de la mondialisation de l'économisme ambiant, on assiste à un changement du type décrit par Durkheim. On constate à la fois un brouillage idéologique, un changement de mœurs et un recul des valeurs admises, qui conduisent à une relative déstabilisation de l'ordre social : les lois et les règles en cours, le système politique, ne semblent plus garantir la régulation sociale. On peut aussi parler de vide idéologique, symptôme de la post-modernité qui a été identifié, entre autres, par Gilles Lipovetsky qui décrit en 1983 « l’ère du vide » (voir l' Entretien avec Dany Robert Dufour). De nos jours, l'absence de réponse politique face à de la montée des antagonismes religieux laisse les populations perplexes.

Le terme d'anomie est peu connu, mais il parait bien adapté aux dérèglements qui nous touchent actuellement. Actuellement, le vide idéologique et le brouillage des repères, bref l'anomie, ouvrent la porte aux idéologies simplistes et extrèmistes. De fait, nous les voyons prendre de l'ampleur en ce début de XXIe siècle.