Le
passage du capitalisme industriel au capitalisme financier
Pourquoi ce passage s'est-il produit ?
Suivons le raisonnement d'André Gorz auquel les faits donnent raison :
Premier temps : la rentabilié diminue malgré l'acccroissement de la productivité
"L’informatisation
et la robotisation ont permis de produire des quantités croissantes de
marchandises avec des quantités décroissantes de travail. Le coût du
travail par unité de produit ne cesse de diminuer et le prix des
produits tend à baisser."
Pour la suite du raisonnement nous ne sommes par d'accord avec Gorz. Il
dit "Or plus la quantité de travail pour une
production donnée diminue, plus le valeur produite par travailleur - sa
productivité - doit augmenter pour que la masse de profit réalisable ne
diminue pas." Il applique strictement l'équivalence travail=valeur. Ce
qui joue surtout, c'est la mondialisation qui dévalorise les produits
manufacturés qui sont mis en concurence et à moidre coût. Les produits
doivetn être vendus mions chers et la marge diminue.
Poursuivons avec Gorz : "On a donc cet apparent paradoxe que plus la productivité
augmente, plus il faut qu’elle augmente encore pour éviter que le
volume de profit ne diminue. La course à la productivité tend ainsi à
s’accélérer, les effectifs employés à être réduits, la pression sur les
personnels à se durcir, le niveau et la masse des salaires à diminuer.
Le système évolue vers une limite interne où la production et
l’investissement dans la production cessent d’être assez rentables.
Actuellement, d'après mes calculs, les dividendes versés aux
investisseurs du CAC 40 représentent environs 3%, ce qui se réduit,
après impot et inflation, à très peu.
Deuxième temps : L'argent va vers la finance
"La
production n’étant plus capable de valoriser l’ensemble des capitaux
accumulés, une partie croissante de ceux-ci conserve la forme de
capital financier.
Une industrie
financière se
constitue qui ne cesse d’affiner l’art de faire de l’argent en
n’achetant et ne vendant rien d’autre que diverses formes d’argent.
L’argent lui-même est la seule marchandise que l’industrie financière
produit par des opérations de plus en plus hasardeuses et de moins en
moins maîtrisables sur les marchés financiers. La masse de capital que
l’industrie financière draine et gère dépasse de loin la masse de
capital que valorise l’économie réelle (le total des actifs financiers
représente 160 000 milliards de dollars, soit trois à quatre fois
le PIB mondial).
La « valeur » de ce capital est purement
fictive : elle repose en grande partie sur l’endettement et le
« good will », c’est-à-dire sur des anticipations : la
Bourse capitalise la croissance future, les profits futurs des
entreprises, la hausse future des prix de l’immobilier, les gains que
pourront dégager les restructurations, fusions, concentrations, etc.
Les cours de Bourse se gonflent de capitaux et de leurs plus-values
futurs et les ménages se trouvent incités par les banques à acheter
(entre autres) des actions et des certificats d’investissement
immobilier, à accélérer ainsi la hausse des cours, à emprunter à leur
banque des sommes croissantes à mesure qu’augmente leur capital fictif
boursier.
La
capitalisation des anticipations de profit et de croissance entretien
l’endettement croissant, alimente l’économie en liquidités dues au
recyclage bancaire de plus-value fictives, et permet aux États-Unis une
« croissance économique » qui, fondée sur l’endettement
intérieur et extérieur, est de loin le moteur principal de la
croissance mondiale (y compris de la croissance chinoise)".
Conséquence
"L’économie
réelle devient un appendice des bulles spéculatives entretenues par
l’industrie financière. Jusqu’au moment, inévitable, où les bulles
éclatent, entraînent les banques dans des faillites en chaîne, menaçant
le système mondial de crédit d’effondrement, l’économie réelle d’une
dépression sévère et prolongée (la dépression japonaise dure depuis
bientôt quinze ans)".
C'est bien ce qui arrive en Europe depuis 2008 !