Galilée et sa rétractation
Patrick
Juignet, philosciences.com, 2010.
Notre page d'accueil montre Galilée (de son nom Galiléo Galiléi) se
rétractant lors de son procès,
coincé entre l'homme-d'arme et l'homme-d'église, on peut aussi dire
entre la violence et
l'autorité. C'est une figure allégorique peinte par Joseph-Nicolas Robert-Fleury
(XIXe siècle), basée sur le procès de 1633. Nous le reproduisons
ci-dessous.
Pierre Duhem prétend que le cardinal Robert Bellarmin
avait raison contre
Galilée
, puisque la science ne doit que
sauver les apparences, sans prétendre décrire la réalité ultime.
Sur
le plan épistémologique c'est exact, car la position
opérationnaliste ou instrumentaliste, selon laquelle les théories
scientifiques ne se réfèrent qu'aux phénomènes (aux apparences
factuelles), est suffisante en science. Suffisante ne veut pas dire
satisfaisante, mais le problème n'est pas là. Il n'est en effet pas
d'abord d'ordre épistémologique mais d'ordre moral : il est moralement
monstrueux de menacer de
prison à vie un homme qui cherche à promouvoir la connaissance, si par
malheur
elle contrevient à l'idéologie religieuse.
Paul Feyerabend reproche à Galilée son intransigeance, car défendant sa
théorie comme vérité, il empiétait sur le domaine de la foi (la
métaphysique), ce qui n'était pas nécessaire. Sur le plan
épistémologique c'est aussi exact. Les vérités en science sont
relatives et sujettes à révision. Elles ne doivent pas être proposées
comme des absolus. Indépendamment de Feyerabend, nous ajouterons que, de
toutes les façons, l'avance vers plus de vérité se serait faite, car
d'autres seraient venus, qui auraient refait la démonstration.
Toutefois, là encore, le problème n'est pas d'abord celui-là.
Moralement, il n'est pas
inadmissible de remplacer la démonstration par la contrainte, le libre
raisonnement par le dogme imposé.
C'est immoral au sens d'une morale humaniste. C'est une destruction de
l'humanité par atteinte individuelle en empêchant l'intelligence et par
atteinte collective en empêchant la
transmission du savoir. C'est immoral à condition
d'avoir une éthique humaniste de promotion de l'homme et non une
éthique religieuse de promotion de Dieu. Dans ce dernier cas
l'homme est fait pour servir et adorer Dieu (et son clergé). Contraindre Gallilé est alors moral.
La question principale de l'éthique est celle du souverain bien, celui
que l'on place au dessus des autres. Il en découle une morale indiquant
ce que l'on doit faire ou ne pas faire. Si le souverain bien est le
service de Dieu, alors on peut sacrifier les hommes à ce service. On
est en droit d'envoyer Galilée en prison, ou au bûcher s'il est relaps.
Si le
souverain bien est l'homme, ou la promotion de l'humanité, c'est alors
absolument proscrit.
On dira que cette affaire Galilée, qui date du XVIIe siècle est
apaisée. Pas du
tout. Les menaces religieuses réapparaissent en plein XXIe siècle. Les
sacrifices et massacres au nom d'un Dieu sont constants. La
volonté d'imposer des dogmes religieux par la violence est plus que
jamais présente.