L'actualité de Keynes
- Patrick Juignet, Philosciences, 2011.
John Maynard
Keynes est né en
1883 en Angleterre. Il est l'auteur de la «
Théorie générale de
l’emploi,
de l’intérêt et de la monnaie ».
Une présentation brève
Lecteur de Freud il a introduit une dimension psychologique dans
l'économie tenant compte que les acteurs économiques ne sont nullement
rationnels, mais mus par la jalousie, le mimétisme, l'envie.
On sait que les deux points centraux de
l'opposition de Keynes à
l'économie classique sont 1/ la réfutation du principe d'une
régulation automatique des marchés (la main invisible d'Adam Smith) et
2/ la réfutation de l'idée que l'offre crée sa propre demande (loi
de Jean-Baptiste Say).
Il a eu l'idée d'une "monaie fondante" qui sert
à la consommation et ne peut être accumulée.
C'était à ses yeux une façon de lutter contre deux maux anti-productifs
: les rentiers et la répartition des richesses arbitraire et par trop
inégalitaire pour un bon fonctionnement économique. Keynes a signalé les deux vices fondamentaux du capitalisme
qui sont de ne pas assurer le plein emploi et d'empêcher une répatition optimale de la richesse.
Ce n'est pas de cela dont nous voulons
parler ici, mais de deux intuitions de Keynes dont la crise actuelle donne
une illustration.
Keynes et la crise actuelle
D'une part, Keynes constate que
l'argent peut être recherché pour
lui-même et accumulé. Les revenus ne sont pas forcément, ni consommés,
ni réinvestis, mais peuvent être conservés sous forme de liquidités ou
de biens non productifs stockés comme l'or. Il en conclut que la
monnaie peut avoir une influence sur les mécanismes économiques en
venant perturber le mécanisme d'accord supposé se produire par le
réinvestissement immédiat des revenus.
D'autre part, Keynes constate que
les prévisions des entrepreneurs ne
sont pas justes. Ils peuvent faire des offres sous-évaluées ou
surévaluées par rapport à la demande. En effet, ils font des
anticipations sur la demande à partir des opinions recueillies mais ce
recueil peut être biaisé. Ce biais est surtout présent dans le domaine
financier qui, pour Keynes, menace toujours de tourner au casino.
C'est bien ce que l'on constate actuellement avec le capitalisme
financier.
La monnaie est massivement accumulée pour elle même et sert à refaire
de
la monnaie par le biais de la spéculation. C'est même une caricature
des idées de Keynes, car le phénomène est exacerbé. Les Hedges Founds
captent de l'argent uniquement dans le but de générer du profit hors de
toute production économique. Les banques au lieu de rester dans leur
domaine de recueil du capital et de prêt, ce qui le remet dans
l'économie, se sont lancés dans la spéculation. Avec pour
conséquences, lors de crises de cesser de faire du crédit, ce qui
bloque l'économie.
Dans le domaine financier les biais d'anticipation concernant
l'évolution
des marchés sont maximums de par les effets boule-de-neige et
l'auto-réalisation qui agissent en permanence, les ventes à découvert
qui accentuent les mouvement ainsi que par l'action, des "produits
dérivés", véritables machines infernales financières, qui multiplient
les gains ou les pertes. Tout cela est accentué par
la rapidité des échanges actuels via internet et les ordinateurs. Il
s'enquit de mouvements monétaires autonomes et totalement inadéquats
par rapport aux besoins économiques.
Keynes a eu raison sur ces deux points au-delà de toute espérance, ou plutôt de toute désespérance.
Un autre aspect fondamental de la doctrine de Keynes est de proner
le plein emploi. C'est
pour des raisons morales et politiques, car il considère la misère et le
chômage sont moralement inadmissibles, mais aussi dangereuses, car pouvant
mener au communisme. En ce sens,
il ne va pas non plus dans le sens du courant classique
qui prétend à une science économique objective. Il propose une
politique économique qui procède de choix en tenant compte des aspects
humains et sociaux et met en avant une finalité. Mais en ce qui
le concerne, c'est en restant dans le cadre du capitalisme.
Sur ce dernier point l'évolution dément le projet de Keynes, car il
n'est pas possible de maintenir le plein emploi tout en restant dans ce
système économique. Dans tous les pays il y a un sous-emploi. Les chiffres officiels du chômage dans la
plupart des pays occidentaux sont de 8 à 10% en moyenne de la
population active, mais ne compte pas la population inactive non
inscrite (au moins aussi importante).
Sur l'étrange idéologie de la main invisible voir : http://temporel.fr/La-main-invisible-d-Adam-Smith-par