Philo Sciences Philosophie et société

Science, opinion, idéologie

Patrick Juignet, Philosciences.com, 2011
 
La distinction entre science et opinion est depuis Bachelard une question philosophique classique. On connaît la formule célèbre "l'opinion pense mal, elle ne pense pas, elle traduit des besoins en connaissances. Cette distinction prend une nouvelle tournure avec l'aspect collectif et public de l'opinion qui se développe grâce aux médias. L'opinion lorsqu'elle est collective forme une idéologie.

La science contestée

Dans notre XXIe siècle débutant, la contestation de la science a été virulente, d'abord au sujet des organismes génétiquement modifiés, puis en ce qui concerne le réchauffement climatique (toute la population est au courant des gaz à effet de serre) et les nanotechnologies. L'utilisation de l'énergie atomique est perçue comme une menace pour l'environnement et même pour la survie de l'espèce.

Le débat médiatisé sur tous ces sujets a attisé la défiance du public envers les scientifiques. Une partie de la population refuse les avis des experts. Ainsi, contre l’avis de la médecine et des pouvoirs publics, les Français ont rechigné à se faire vacciner contre la grippe A, dite H1N1. Nous nous retrouvons dans une situation où le public prend position vis-à-vis de certaines affirmations des scientifiques. 

L'opinion sur des aspects scientifiques pourtant difficiles et pointus de devient une opinion de masse, commune à une grande partie de la population, une idéologie. Et cette idéologie a des effets sur les comportements collectifs.

L'opinion est juste ou fausse

Le problème vient de ce que l'opinion, individuelle et collective, ne se forgent pas par un débat rationnel, mais sur un autre plan, celui d'une perception intuitive globale de la situation. Elles peuvent aussi bien être justes, que parfaitement erronée. Elles sont fondées sur un sentiment global diffus, qui peut être largement manipulé par les médias ou se générer de façon irrationnelle.

Sur le plan de la connaissance elle-même, au vu de la complexité des problèmes, il est impossible de se faire idée juste à titre individuel. Nul ne peut étudier suffisamment dans chaque domaine sur lequel il a une opinion, de façon à être au fait des dernières recherches et contrôler dires des experts. Les problèmes soulevés demandent souvent un savoir spécialisé et une bonne expérience pour être saisis dans leur complexité (rétroactions, effets imprévus, conséquences en cascade).

Illustrons cela par un sondage sur le réchauffement climatique aux USA. On voit très nettement la différence d'opinion entre les démocrates et les républicains. Il n'est pas pensable que les uns soient moins informé que les autres. C'est un choix qui est fait. Pour expliquer ce choix on peut se référer que les premiers sont proches et soutenus par le lobby industriel et financier et les seconds beaucoup moins. A l'évidence l'opinion sur le réchauffement climatique est façonnée par l'intérêt supposé des uns et des autres. Dans la mesure ou les deux opinions sont contraires, il y en a forcément une de juste et une de fausse, mais elle ne peuvent se départager par elles-même. D'où le fait toujours constaté que les débats n'amènent généralement pas de changement d'opinion.

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Les problèmes de la science

La science n'est pas une affaire d'opinion, c'est une rapproche réaliste au monde qui se donne des garanties pour valider sa démarche et vérifier ses résultats. Cependant divers problèmes surgissent :

- Soit les garanties sont insuffisantes, car la science est insuffisamment avancée et elle produit des vues partielles ou fausses. Elle est elle-même en partie idéologique.
 
- Soit les garanties sont suffisantes et les conclusions justes, mais elles sont masquées et déformées à des fins politiques et sociales. Dans ce cas, même un expert, n'est pas toujours en mesure de porter un jugement fondé lorsqu'il n'est pas du domaine précisément concerné. Il peut lui manquer des informations pertinentes car celles-ci sont tronquées et filtrées par certaines autorités.

- Soit le problème porte sur les utilisations techniques qui sont faites de la connaissance scientifique. Ces utilisations sont le fruit de décisions purement politiques et économiques, car on pourrait en faire d'autres très différentes.

Conclusion

Ces considérations nous amènent à une conclusion pessimiste : L'opinion publique a de bonnes raison de se méfier des utilisations de la science, mais elle n'a pas les moyen d'en juger avec pertinence. En ce qui me concerne, je suppose que la terre se réchauffe en raison de l'activité humaine, mais je n'ai aucun moyen de le prouver scientifiquement. C'est donc une opinion.



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