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Savoir collectif

Patrick Juignet, Philosciences, 2011.

Le problème de la vérité ne se pose pas de la même manière concernant les faits concrets et sociaux et en ce qui concerne la science. Pour les premiers il s'agit simplement d'avoir une information relativement conforme à ce qui s'est passé.

Or, tout banalement, si ce qui se passe est dissimulé, on ne peut avoir aucune information à ce sujet. C'est une pratique constante du pouvoir de dissimuler ce qu'il fait, pour mieux pouvoir le faire.  C'est devenu plus difficile de nos jours. Les médias, des associations comme Wikileaks révèlent les dissimulations des gouvernants.

Mais ce n'est pas suffisant.

La connaissance de ce qui se passe a des effets, ou pas, selon les circonstances. Citons Paul Jorion à ce sujet :

 "Il y a des périodes où un seuil psychologique est atteint pour les populations. Il n’est pas simplement dans l’imagination, mais lié à des réalités qui font que des choses qui ont été jusqu’alors tolérables cessent de l’être. Par exemple, des activités financières comme la spéculation passent relativement inaperçues tant que tout le monde gagne de l’argent, chacun à son échelle. Au moment où la spéculation est devenue la seule source d’enrichissement, un seuil est atteint et le niveau de tolérance baisse. C’est à ce moment-là que la vérité sur la spéculation réalise son potentiel. Seul le contexte la rend cruciale ou non".


Nous avons là un idée sociologique intéressante : L'information fait un effet si les conditions pour qu'elle soit reprise collectivement sont réunies. On peut en rapprocher l'opinion (Bachelard) qui traduit des besoins en connaissances. Les idées sur la société sont reprises si elles correspondent à un besoin. L'effet désastreux, c'est que des informations importantes et connues d'un groupe social peuvent n'avoir aucun effet, elles restent "lettre morte".  L'information est retenue par la communauté si elle est intéressante (répond à un intérêt devenu pressant).

On en voit un exemple avec la crise actuelle. La connaissance du système financier devient soudainnement intéressante.

On pourrait dire qu'il y a deux conditions au savoir collectif, c'est que la connaissance des faits soit possible, mais aussi qu'elle soit souhaitée.

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