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Anthropologie

Patrick Juignet, Philosciences.com, 2009.

Par anthropologie on entend un savoir systématisé sur l'homme. Mais il existe plusieurs types de savoir.


1/ Définition

Toute les cultures, à chaque moment de leur évolution imposent une conception de l’être humain, une anthropologie. Celle-ci est centrale, car fondatrice de l’identité collective et elle est généralement défendue avec âpreté. Spontanément reprise par chacun, elle est à la fois explicite et implicite.

À côté d’elle il existe une anthropologie savante qui prend deux formes, philosophique et scientifique. L’anthropologie scientifique s’est majoritairement orientée vers l’étude des organisations socioculturelles. L'anthropologie philosophique cherche à donner une vision synthétique de l'homme, et tente de formuler, comme le disait Kant, une connaissance de l'homme systématique. Elle comporte un volet éthique et politique.

Une nouvelle anthropologie philosophique a vu le jour en Allemagne dans les années 1920 et 1930. Le fondement de sa démarche fut de mettre à profit les enseignements des sciences de la nature et des sciences de l'homme pour tenter de cerner les caractéristiques de l’espèce humaine et sa position spécifique dans le monde.

2/ Notre proposition

Sur un plan général, nous posons que l’homme est dans le monde. Si l’on veut qualifier ce point de vue, on peut le dire « continuiste » : il n'y a pas de discontinuité qui mettrait l'homme à part.

Si l'homme fait partie du monde, il est possible de le comprendre dans les termes  qui permettent de comprendre le monde. Nous considérons que le monde est constitué par des niveaux d’organisation/intégration. Cette théorie suppose que le monde est organisé selon une série de niveaux de complexité croissante ayant chacun leurs lois propres, depuis le niveau physique jusqu’au biologique, en passant par le niveau chimique. 

On peut considérer que l'homme est composé de tous les niveaux, physique, chimique et biologique. Mais de plus, on doit supposer un mode d’organisation spécifique à l’homme, émergeant de l’organisation neurobiologique, nommé niveau représentationnel. C'est à elle que l'on doit les capacités symboliques, d’intelligence, de langage, de communication, propres à l'homme.

3/ La spécificité anthropologique

L'homme est un vivant, mais par rapport aux autres espèces vivantes, il possède une spécificité. Il est nécessaire de le rappeler, car le courant de pensée matérialiste/naturaliste, actuellement dominant, tend à le minimiser ou à le nier. Cette spécificité tient à ce qu'il existe chez l’homme un niveau d'organisation particulier, le niveau représentationnel. Il produit une activité cognitive autonome, tant individuelle que collective, ayant une existence qu’on ne peut mettre en doute.

Cette spécificité se manifeste dans la culture, les règles de conduites, l’organisation sociale, la transmission du savoir. À titre individuel l’homme est capable de conduites finalisées, tout en ayant conscience de lui et du monde. Ceci implique des capacités spéciales : capacité de penser et d’utiliser des langages diversifiés, capacité à communiquer et à transmettre sa pensée.

Dans l’expérience spontanée que nous en avons, ce domaine est lié au sens, à la signification, à la pensée, aux idées, à l’intentionnalité, à la volonté, à la conscience. Cette perception intuitive a fait l’objet de conceptions diverses. La philosophie, tout au long de son histoire en a donné des interprétations de deux types : spiritualiste ou matérialiste. Nous en donnons une autre, toute différente : une interprétation par le champ représentationnel.

Notre positionnement philosophique n’est ni culturaliste, ni naturaliste. Nous plaçons l’homme de plain-pied dans le monde, car le champ représentationnel est une partie du monde comme les autres.

4/ Une science de l'homme possible

Le niveau représentationnel n’est ni matériel, ni spirituel, mais organisationnel, il nait d'un degré de complexité supplémentaire d'organisation des réseaux neuronaux et du fonctionnement signalétique. On évite ainsi les positionnements métaphysiques habituels inadéquats de l’univers symbolique humain, soit par surélévation transcendantale, soit par réduction matérialiste.

Ainsi s'offre la perspective de sortir de l’alternative classique selon laquelle pour être scientifique il faudrait éviter ce qui fait la spécificité de l’homme, ou, pour en parler, il faudrait renoncer à la science (et l'aborder sous un jour littéraire ou philosophique). L’enjeu est important : il s’ouvre la possibilité d’une connaissance véritablement scientifique qui ne soit pas associée à une visée réductionniste ayant des effets destructeurs sur son objet d’étude.

Une telle conception donne une assise ontologique à ce qui fait la spécificité de l'homme, assise compatible avec une approche scientifique, si tant est qu'on accepte une science non réductrice, inscrite dans le paradigme de la complexité.

Haut de page          voir aussi : Une épistémologie pour l'étude des champs complexes