Patrick Juignet, Philosciences.com, 2009.
La causalité est le principe en vertu duquel un
fait (la cause) en engendre un autre (qui est son
effet). La recherche des causes est l'un des fondements de notre
connaissance du monde. Le sujet est immense,
aussi nous contenterons nous de quelques remarques en rapport avec
notre orientation philosophique.
Le raisonnement causaliste est
indissociable de la méthode
expérimentale et dans ce cas, la causalité concerne des faits
précisément
définis. Il s’agit uniquement des causes dites
« prochaines ».
Le principe causal se
traduit par quelques énoncés traditionnels : tout fait a une
cause et il
n'y a pas d'effet sans cause ; les mêmes causes produisent les
mêmes
effets ; la cause précède ou accompagne son effet ;
la disparition ou
la cessation de la cause entraîne la disparition ou la cessation de son
effet.
Dans l'enchaînement causal, conçu comme série linéaire, la cause
entraîne un
effet qui ne peut être lui-même sa propre cause.
Certains, comme Claude Bernard, considèrent les conditions comme les causes du phénomène. Il évite l'écueil métaphysique en précisant qu'il ne saurait s’agir que des causes « prochaines ». (Introduction à la médecine expérimentale, 1865). La notion de causalité perd tout caractère obscur et en vient dès lors à désigner la série linéaire des faits empiriquement constatables qui se succèdent nécessairement. La recherche de causes précises sera un puissant moteur de l’évolution scientifique tout au long du XIXe siècle.
Dans ce cadre classique, le raisonnement causal a
été critiqué par
Auguste Comte, qui a repris la critique de Hume. Il proposa
de le remplacer systématiquement par une explication légaliste de
la
détermination. En dehors de son inclusion dans une loi la cause n'a
aucun caractère explicatif et pas de possibilité quantitative,
sauf de manière grossière (à cause forte, effet intense). La loi permet
de prédire un phénomène à partir d’autres. L’exemple le
plus
évident est la loi de la gravitation qui permet de calculer une
trajectoire à
partir des conditions initiales sans que soit besoin de faire appel à
des causes, et qui, de plus, donne des valeurs quantitatives précises. Bertrant Russel à violemment critiqué la causlaité (Le problème de la causalité, 1912) puis est revenu sur sa décision deux an après.
Le concept de causalité, en son fond, n'est pas empiriste et ne désigne pas la succession supposée constante de faits, il désigne une succession nécessaire en raison du déterminisme.
Certains auteurs contemporains (par exemple Salmon) proposent une ontologisation des explications causales, ce qui signifie que la causalité ne serait pas une modalité explicative, mais aurait une existence ontologique (serait constitutive du monde). C’est, selon nous, une projection qui attribue au monde les schémas utilisés pour l’expliquer et, philosophiquement, c'est une attitude rétrograde qui ne tient pas compte des arguments de Kant.
La conception que nous adoptons est la suivante: Il existe un déterminisme dans le monde fait que se produise des successions nécessaires et constantes dans les faits qui nous sont scientiquement accessibles. C'est ce que nous conceptualisons en terme de causalité.
Le schème causal simple est un mode de
compréhensin insuffisant car dans les modes d'organisations complexes
(le vivant , le social) on trouve une multidétermination dynamique et
récursive.
L’irréversibilité évidente de nombreuses situations est contraire à la
causalité mécanique. Dans ces circonstances une explication systémique
devient
nécessaire. Ce n'est pas que l'on abandonne totalement la causalité,
mais on lui
donne une forme non linéaire (les lignées sont récursives),
non indépendantes (les lignées sont interactives) et mutiples (il y a
des embranchements aléatoires). On parle alors de pensée systémique.
La causalité est un schème de
pensée indispensable dans les sciences et dans la philosophie, mais la
causalité simple ne s'applique
efficacement que dans certaines circonstances. Pour les champs de la
réalité complexe, il faut une causalité systémique incluant une
récursivité et des relations (parfois nombreuses et compliquées)
entre lignées causales. Enfin, l'universalité de la causalité doit être
relativisée. Une cause ne produit pas toujours le même effet, car la
condition dite " Ceteris paribus sic stantibus" (= toutes
choses étant égales par ailleurs) est parfois impossible à réaliser.