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Cause et causalité

Patrick Juignet, Philosciences.com, 2009.

La causalité est le principe en vertu duquel un fait (la cause) en engendre un autre (qui est  son effet).  La recherche des causes est l'un des fondements de notre connaissance du monde. Le sujet est immense, aussi nous contenterons nous de quelques remarques en rapport avec notre orientation philosophique.




L'évolution de la notion au XVIIIe siècle 

Nous laisserons de côté les conceptions métaphysiques de la causalité comme celle d'Aristote qui distinguait quatre causes (cause matérielle, cause efficiente, cause finale, cause formelle). pour nous en tenir aux conceptions dans la science à partir du XVIIIe siècle.

Le scepticisme de Hume

Pour ce philosophe empiriste, la causalité est une habitude de l'esprit, issue de la constatation de la conjonction constante entre deux phénomènes successifs. Cette manière de voir est trompeuse, car il n'y a pas toujours de nécessité à cette succession qui, un jour, pourrait cesser. En effet une consécution aussi fréquente et répétée soit-elle, n'est pas forcément nécessaire et universelle. Ce peut être une consécution relative aux circonstances dont la stabilité permet cet enchaînement factuel constant.

La distance critique de Kant

Pour Kant, la causalité n'est pas une simple habitude associative, mais une forme fondamentale de notre entendement. C'est un concept utilisé a priori qui organisme l'expérience et permet de connaître le monde. C'est un des rares concepts synthétiques a priori, avec celui de permanence de la substance, qui soit concevable. Si elel et une for de notre entendement elle n'est pas une composante du monde.

Dans la science classique

Dans le cadre scientifique classique, la causalité est la manière de comprendre empiriquement le déterminisme présent dans le monde. Elle désigne la consécution constante et nécessaire des faits dans le temps. Tout effet a une cause, la cause précède l’effet, la même cause produit toujours le même effet. Si on supprime la cause, l’effet cesse (ce qui implique une réversibilité). Un effet ne peut être cause de sa cause (pas de récursivité). Les lignées causales sont indépendantes.

Le raisonnement causaliste est indissociable de la méthode expérimentale et dans ce cas, la causalité concerne des faits précisément définis. Il s’agit uniquement des causes dites « prochaines ». Le principe causal se traduit par quelques énoncés traditionnels : tout fait a une cause et il n'y a pas d'effet sans cause ; les mêmes causes produisent les mêmes effets ; la cause précède ou accompagne son effet ; la disparition ou la cessation de la cause entraîne la disparition ou la cessation de son effet. Dans l'enchaînement causal, conçu comme série linéaire, la cause entraîne un effet qui ne peut être lui-même sa propre cause.

Certains, comme Claude Bernard, considèrent les conditions comme les causes du phénomène. Il évite l'écueil métaphysique en précisant qu'il ne saurait s’agir que des causes « prochaines ». (Introduction à la médecine expérimentale, 1865). La notion de causalité perd tout caractère obscur et en vient dès lors à désigner la série linéaire des faits empiriquement constatables qui se succèdent nécessairement. La recherche de causes précises sera un puissant moteur de l’évolution scientifique tout au long du XIXe siècle. 

Dans ce cadre classique, le raisonnement causal a été critiqué par Auguste Comte, qui a repris la critique de Hume. Il proposa de le remplacer systématiquement par une explication légaliste de la détermination. En dehors de son inclusion dans une loi la cause n'a aucun caractère explicatif et pas de possibilité quantitative, sauf de manière grossière (à cause forte, effet intense). La loi permet de prédire un phénomène à partir d’autres. L’exemple le plus évident est la loi de la gravitation qui permet de calculer une trajectoire à partir des conditions initiales sans que soit besoin de faire appel à des causes, et qui, de plus, donne des valeurs quantitatives précises. Bertrant Russel à violemment critiqué la causlaité (Le problème de la causalité, 1912) puis est revenu sur sa décision deux an après.

Notre position

Le concept de causalité, en son fond, n'est pas empiriste et ne désigne pas la succession supposée constante de faits, il désigne une succession nécessaire en raison du déterminisme.

Certains auteurs contemporains (par exemple Salmon) proposent une ontologisation des explications causales, ce qui signifie que la causalité ne serait pas une modalité explicative, mais aurait une existence ontologique (serait constitutive du monde). C’est, selon nous, une projection qui attribue au monde les schémas utilisés pour l’expliquer et, philosophiquement, c'est une attitude rétrograde qui ne tient pas compte des arguments de Kant.

La conception que nous adoptons est la suivante: Il existe un déterminisme dans le monde fait que se produise des successions nécessaires et constantes dans les faits qui nous sont scientiquement accessibles. C'est ce que nous conceptualisons en terme de causalité.

Le schème causal simple est un mode de compréhensin insuffisant car dans les modes d'organisations complexes (le vivant , le social) on trouve une multidétermination dynamique et récursive. L’irréversibilité évidente de nombreuses situations est contraire à la causalité mécanique. Dans ces circonstances une explication systémique devient nécessaire. Ce n'est pas que l'on abandonne totalement la causalité, mais on lui donne une forme non linéaire (les lignées sont récursives), non indépendantes (les lignées sont interactives) et mutiples (il y a des embranchements aléatoires). On parle alors de pensée systémique.

La causalité est un schème de pensée indispensable dans les sciences et dans la philosophie, mais la causalité simple ne s'applique efficacement que dans certaines circonstances. Pour les champs de la réalité complexe, il faut une causalité systémique incluant une récursivité et des relations (parfois nombreuses et compliquées) entre lignées causales. Enfin, l'universalité de la causalité doit être relativisée. Une cause ne produit pas toujours le même effet, car la condition dite " Ceteris paribus sic stantibus" (= toutes choses étant égales par ailleurs) est parfois impossible à réaliser.


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