Patrick Juignet, Philosciences.com, 2010
La conception
épistémique que
nous défendons et les
enseignements tirés de l’étude des sciences humaines nous
conduisent à poser l’existence
d’un niveau d’organisation propre à l’homme. Nous le nommons
"représentationnel" en reprenant une tradition philosophique
d'inspiration matérialiste remontant à la fin du XVIIIe
siècle.
Nous posons que le niveau représentationnel naît de l’organisation des réseaux neuronaux et plus spécifiquement du fonctionnement neurosignalétique par un degré supplémentaire de complexification, permettant un saut qualitatif dans les propriétés. Ses composants se forment, au moment où des ensembles codés du signal neurobiologique se mettent en relation. Cette auto-organisation forge des entités autonomes, possédant des qualités qui leur sont propres. L'ensemble de ces entités constitue le niveau représentationnel dans sa forme primitive, son niveau premier.
La composition à des degrés supérieurs de complexité se poursuit ensuite. Ainsi, par réorganisations successives, se constituent diverses strates et systèmes, que seule la recherche permettra de désigner progressivement. Au vu de son ampleur, il est évident que ce niveau n’est pas uniforme et qu’il a lui-même divers degrés de complexité et qu'il est formé de plusieurs systèmes indépendants mais interconnectés.
Le niveau représentationnel est une forme d'existence ontologique, il n'est donc pas accessible de manière directe, mais seulement par l'intermédiaire de ses manifestations factuelles (empiriques).
Elle passe aussi par l'intermédiaire des
différentes sciences de l'homme.
Par exemple, en linguistique, Chomsky procède
par abstraction à partir des aspects factuels du langage, montre
un processus générateur basal. C'est, selon nous, une manière
d'aborder le représentationnel. Nous faisons l'hypothèse que le
processus
générateur du langage dont parle Chomsky est l'un des aspects de
l'émergence du représentationnel à partir du niveau neurobiologique.
Autre exemple, en anthropologie, Lévi-Strauss montre un autre aspect de
l'émergence représentationnelle, la capacité
d'ordonnancement propre à l'homme.
L'universalité de ces aspects est caractéristique
du représentationnel qui est commun à tous les hommes.
La désignation d'un niveau ontologique associé à des manifestations empiriques homogènes et à une théorisation définit pour nous un champ au sein duquel des objets de science peuvent se constituer. Le champ représentationnel est générique, commun, aux différentes sciences de l'homme qui peuvent venir s'y inscrire, tout en le dépassant selon leurs projets propres.
La thèse du représentationnel s’inscrit dans une anthropologie qui place l’homme dans le monde en tant qu’être vivant organisé, auquel un degré d’organisation particulier donne des capacités intellectuelles et relationnelles spécifiques. Nous défendons l’idée d’un homme non dualisé présent dans le monde sans discontinuité, mais présentant une spécificité irréductible.