Complexité
Epistémique de la complexité
Patrick Juignet, Philosciences.com, 2009.
Le monde est complexe au sens de compliqué, enchevêtré, interactif, peu
prévisible. La science classique, pour parvenir à ses fins, l'a
simplifié, ce qui a permis sa réussite dans de nombreux domaines.
Malheureusement, elle a délaissé une partie du monde du monde.
Actuellement, un nouveau regard scientifique voit le jour
sous forme d'une épistémique (ou d'un paradigme) de la complexité.
Voyons en brièvement les principaux aspects.
1/ Aspect ontologique
Sur le plan ontologique c'est un regard qui n'est plus
réducteur, mais pluraliste. Concernant la constitution du monde
général on ne considère pas que
le
niveau le plus simple (physique) soit le plus réel. Il est seulement le
plus simple et le plus englobant. Le monde a plusieurs niveaux et
chaque niveau a
autant d'existence que le précédent.
C'est un regard holistique. On accepte de prendre en compte
l'organisation et l'interaction. Putôt que la recherche des éléments
constituants minimaux on se tourne vers les liens formant des entités
et vers les propriétés de ces entités. Les unités constituantes
élémentaires sont toujours
là, mais on
s'intéresse à ce que crée leur liaisons.
2/ Aspect empirique
Sur le plan empirique c'est une attitude qui accepte de prendre en
considération des faits
volumineux, compliqués, sans chercher à les simplifier.
On renonce à
l'opposition classique entre qualités premières et qualités secondes,
assortie du principe que seules les qualités premières seraient dignes
de science. On admet des faits spécifiques à certaines circonstances ou
à certains individus et donc qui ne sont pas universellement
reproductibles.
3/ Aspect
gnoséologique
Sur le plan gnoséologique, la pensée devient plus subtile On
renonce à ne voir que les lignées causales indépendantes pour
considérer leurs interrelations. On pense en terme de
système. On
accepte les prévisions incertaines, de type statistique.
Compte tenu des nouvelles considération ontologiques et gnoséologiques,
les objets de recherche changent. C'est apparent dans la biologie et
les sciences de l'homme qui s'occupent de champs qui n'existent que par
la complexification du monde.
4/ Aspect mythique
La
vision générale du monde devient globalisante, écologique (au sens de
prendre en compte les interactions et leurs conséquences). C'est une
vision macroscopique (Joël de Rosnay) qui s'amorce.
Ces quatre aspects réunis amorcent l'épistémique de la complexité qui
est en train de se construire en ce début de XXIe siècle.