Patrick Juignet, Philoscience.com, 2009.
Comme dans beaucoup de cas, il faut noter les circonstances de l'emploi des mots pour les définir. Ici il est très utile de distinguer l'emploi ordinaire, l'emploi philosophique et l'emploi scientifique.
Les différents emplois Les termes de corps et d’esprit désignent, dans le langage courant, les phénomènes corporels et mentaux rassemblés en des entités présentant une unité. Le corps est l'apparence concrète des êtres vivants et l'esprit l'aspect interne des productions intellectuelles mentalisées. C’est une conception spontanée, adaptée à la vie ordinaire. Dans la conversation courante, il est souvent nécessaire de les utiliser à titre de catégories empiriques communément admises.Dans la philosophie occidentale traditionnelle, l’esprit est la substantification des phénomènes mentaux et le corps la substantification des phénomènes biologiques. Cette attitude répond au classique dualisme des substances. Cette conception est erronée, car il n’est pas légitime de substantifier les phénomènes. L'emploi à titre ontologique des termes empiriques de corps et d'esprit n'est pas recevable.
Fréquemment on assiste au mélange de la conception ordinaire et philosophique. Le corps est alors considéré comme un objet de substance matérielle saisissable concrètement et l’esprit un objet de substance spirituelle se manifestant subjectivement. C’est une erreur conceptuelle qui engage la pensée dans une impasse et engendre le problème insoluble du rapport des deux.
Les sciences, quant à elles, considèrent des objets de connaissance. À la notion ordinaire de corps se substituent les objets des différentes sciences biologiques (anatomie, physiologie, immunologie, biochimie, etc.) et à la notion d’esprit ceux des sciences de l’homme (psychanalyse, sciences cognitives). Ces objets épistémiques sont radicalement différents des notions ordinaires, comme des notions philosophiques de corps et d’esprit.
Dans Philosciences nous évitons le plus possible d’utiliser les notions de corps et d’esprit qui n’apportent que confusion et engendrent des difficultés conceptuelles. Le problème philosophique classique des rapports entre le corps et l’esprit, (le «mind-body problem» de la littérature anglo-saxonne), est sans solution. Il se résout par son éviction et sa reformulation sous une forme heuristique, celle du rapport entre niveau neurobiologique et niveau représentationnel.
Nous faison l'hypothèse que ce qui est couramment nommé l'esprit ce sont les capacités intellectuelles (intelligence, pensée, représentation) de l'homme et qu'elles qui sont généres par l'appreil cognitivo représentionnel.