Patrick Juignet, Philosciences.com, 2010.
Nous nous limiterons à définir l’idée de déterminisme dans le cadre scientifique. La détermination du monde suppose des enchaînements nécessaires. Cette nécessité est propre au monde et exclut toute intervention extra mondaine (de type divine ou surnaturelle). La déterminisme qui combine les idées de nécessité et de clôture du monde est la condition de la science. Pour notre part, nous distinguons très fermement déterminisme et la causalité. Le déterminisme est un principe général et qui n'implique pas nécessairement une compréhension causale.
La ferme croyance au déterminisme est indispensable à la recherche
scientifique. Elle est apparue au XVIIIe siècle. Si le monde était
chaotique, hasardeux et instable, la
possibilité de le connaître serait réduite à néant. Si le monde était
arbitrairement gouverné par Dieu ou par des forces surnaturelles, il
serait illusoire de chercher à le connaître. Les résultats des
sciences, jusqu'à aujourd'hui, montrent que les
enchaînements nécessaires supposés exister sont bien au rendez-vous.
Dans la science classique, qui culmine à la fin du XIXe siècle, la déterminisme a été conçue comme absolu et universel, soit en termes de causalité soit en termes légalistes. Cela aboutit, avec Laplace, à la prétention d’une prédictibilité totale. « Nous devons envisager l’état de l’univers comme l’effet de son état antérieur et comme la cause de celui qui va suivre » (Œuvres, Gauthier-Villars, vol VII, p.VI). Pour une intelligence suffisamment vaste rien n’est incertain. Il y a là un refus de toute incertitude et de toute bifurcation dans les enchaînements historiques. Pour les légalistes il en va de même. Les lois, formulées en langage mathématique, nous prédisent des faits certains et précis. Mais tout cela est appuyé sur la physique et ne tient aucun compte des autres domaines.
Le doute viendra au début du XXe siècle lorsque la physique classique sera ébranlée
d'abord par la théorie de la relativité, puis par la mécanique
quantique.
De Broglie écrit en 1947, l'évolution des corpuscules " ne peut être
réglé par un déterminisme rigoureux, tout au moins un déterminisme que
nous puissions atteindre et préciser" (Physique et microphysique,
Albin Michel, 1947, p. 217). Concernant les sciences du vivant et
les sciences de l'homme et de la société on n'a pas de déterminisme
strict.
Ceci s’est amorcé dans les années 1920 avec les premières découvertes de la physique quantique s'est confirmé dans la décennie 1970-1980, avec l'adoption d’explications probabilistes, la thermodynamique généralisée et l'application de modèles cybernétiques, puis systémiques, au vivant et à l’homme.
Dans la science contemporaine, la
détermination des faits est
conçue, dans divers domaines, de manière souple. On admet l’aléatoire, le chaotique, les
récursivités complexes, ce qui ne permet qu’une prédictibilité
partielle ou sous forme statistique.
C’est un des points de rupture entre
paradigme classique et
le paradigme nouveau. Sans renoncer à la détermination, nous dirions qu'il faut admettent
qu’elle peut être ni simple, ni absolue. On pourrait parler d’une
détermination et d’une nécessité relative ou souple.
Pour notre part nous pensons que :
1/ Dans la plupart des domaines scientifiques, il y bien des enchaînements nécessaires constants et quasi universels. Cependant on ne peut démontrer qu'ils soient absolus et éternels.
2/ Dans les champs complexes, on ne
peut que concevoir des probabilités d'occurrence du fait d'une multidétermination et parce que les
mêmes conditions ne se retrouvent pas toujours (la clause ceteris paribus ne peut être réalisée). La temporalité joue un rôle et apporte une irréversibilité dans certains domaines.