Patrick Juignet, Philosciences.com, 2010.
Le concept d'échelle, dans le cadre
épistémologique,
est un concept qui permet de comprendre comment au sein d'un même
champ, selon que l'on voit les choses en gros ou en détail, on n'a pas
le même objet d'étude.
Nous défendons l’idée que les études scientifiques concernent des champs épistémo-ontologiques (Voir Une épistémologie pour l’étude du complexe). À l’intérieur d’un même champ, selon le degré de globalisation choisi, on peut dire aussi l'échelle, l'objet et le type d’étude seront différents. On ne s’occupera pas du même genre de phénomène et l'explication sera différente.
Par exemple, la physique s’occupe aussi bien des atomes que des systèmes planétaires. Les planètes sont, certes, constituées d’atomes mais, en astronomie, on le néglige pour considérer des corps pourvus de masses situés dans l’espace et interagissant ensemble selon les lois de la gravité. On peut appliquer la mécanique classique pour théoriser le système planétaire vu de cette manière. Pour expliquer l’interaction des atomes et particules, on ne peut appliquer la mécanique classique, ni utiliser les mêmes méthodes d’observation. Ces deux points de vue sont des manières, plus ou moins globalisantes, d’aborder un même champ, celui de la physique.
En conclusion, un même
champ est
étudiable à différents
niveaux de globalisation, ou à différentes échelles. Il s’agit de choix
dans le point de vue
adopté.
Le choix qui est fait de changement d’échelle opère comme une compression et permet une saisie plus ou moins ensembliste. Dans le choix globalisant, les successions rapides et les processus élémentaires sont négligés au profit d’un mouvement d’ensemble considéré d’un bloc. La globalisation considère ensemble une multitude de processus. À l’intérieur d’un niveau d’organisation ontologiquement homogène, il y a plusieurs types d’études possibles selon la façon plus ou moins globalisante de saisir les processus. Dans ce cas toutes les explications sont compatibles et potentiellement dérivables les unes des autres. Le réductionnisme intra champ est possible.
Pour imager notre propos, supposons qu’une science soit un instrument d’optique qui nous permette de voir le monde, un « micromacroscope » disposant d’un système de mise au point. En le dirigeant vers une partie du monde, selon la mise au point, on observera l’un des niveau d’organisation du monde. Cette mise au point étant faite, selon que l’on utilise la fonction micro ou macro on verra ce champ différemment, soit de manière détaillée, soit de manière globale.
Pour préciser un point litigieux signalons qu’on a parfois parlé d’émergence au sujet de la vision globale. C'est seulement une version très faible du concept, car ces aspects globaux ne correspondent à aucune différence ontologique. Les phénomènes globaux qui semblent émerger sont en rapport direct avec les constituants fondamentaux et ne manifestent aucun saut qualitatif dans le champ considéré. La vision macroscopique n'est pas non plus un point de vue systémique qui saisit des ensembles pris de manière indivise eu égard à leur effets ou à leur finalité.