Homme - Humain - Anthropologie
Patrick Juignet, Philosciences.com, 2010
Un homme dans le monde
Pour nous, l'homme fait partie du monde, il
est
donc possible
de le comprendre dans les termes qui permettent de
comprendre le monde. Nous considérons que le monde est constitué par
des niveaux d’organisation/intégration. Cette
théorie des niveaux est à la fois ontologique et épistémologique,
car elle
décrit la constitution du monde et les connaissances scientifiques
correspondantes.
Elle suppose que
le monde
est organisé
selon une série de niveaux de complexité croissante ayant chacun leurs
lois propres,
depuis le niveau physique jusqu’à celui de la cognition, en
passant par le niveau
chimique et le niveau biologique. Dans cette acception, chaque niveau
d’existence se
construit sur
celui qui le précède (perspective méréologique) mais, en
même temps, chaque
niveau a des propriétés nouvelles et spécifiques
(perspective émergentiste).
On peut considérer que l'homme est composé selon
des niveaux de coplexité. niveaux, physique, chimique et
biologique. Mais de plus, on doit
supposer un mode
d’organisation
spécifique à l’homme, émergeant de l’organisation neurobiologique,
nommé
niveau cognitivo-représentationnel. C'est à ce niveau d'organisation que l'on
doit les capacités symboliques, d’intelligence, de langage, de
communication,
propres à l'homme. On doit aussi considérer une organisation supra
individuelle, dite sociale.
Le niveau représentationnel n’est pas d'une nature
spéciale qui le rendrait hétérogène aux autres. Il naît d'un degré de
complexité supplémentaire d'organisation des réseaux neuronaux et du
fonctionnement signalétique dont ils sont le siège. On évite ainsi les
positionnements métaphysiques inadéquats vis-à-vis de
l’univers symbolique humain, que ce soit par sa surélévation
transcendantale ou par sa négation matérialiste. C'est ce qui permet de
passer outre les querelles
qui empêchent une conception de l'homme cohérente, car en gros ces
querelles opposent matérialistes et spiritualistes.
Un modèle simplifié
L'individu humain peut être considéré selon des degrés de
complexité de
son organisation. Nous nous limiterons aux quatre qui nous intéresse
ici. Ce sont les modes
d'organisation biologique, neurologique,
neurosignalétique et représentationnel. Chaque mode est dépendant et en
interrelation avec les autres. Cependant
chacun est différents et possède une certaine autonomie. Les relations
qu'entretient l'individu avec son environnement sont différentes selon
le mode mis en jeu.
Nous distinguons quatre type d'interactions que nous figurons sur le
schéma ci-dessous :
Type 1 : La connaissance de l'environnement (passe par le mode
représentationnel et produit des conduites et des formes
signifiantes.
Type
2 : L'information passe par le neurofonctionnel et
produit des comportements.
Type
3 : Les stimulations produisent des réponses en passant
par le neurobiogique.
Type
4 : Les conditions donnent des réactions ou des
manifestations
biologiques.
Ces quatre types de circuits ne sont pas exclusifs et se
complètent.
Notons que ce schéma simplifié ne prend pas en compte les boucles
interactives ni la dynamique interne à chaque mode.
Cette conception nous différencie du matérialisme qui ne veut
considérer que les interactions de type 2 et 3 et des spiritualistes
qui
attribuent une substance au cognitivo-représentationnel, ce que sous-entend des
interaction au-delà de l'environnement.
Il s'ensuit une conception anthropologique supposant que c'est
l'émergence et le
développement du représentationnel qui forge l'humain en l'homme. C'est
ce qui fait de l'homme autre chose qu'un effet du déterminisme ou du
hasard biologique.
Après les travaux d'anthropologues comme Marcel Mauss et Claude Levi-Strauss nous considérons qu'il
existe au niveau cognitivo-représentationnel un système d'ordonnancement s’appliquant dans la
vie courante, que nous qualifions d’ordonnateur. Il produit des effets
au quotidien fondateurs de la culture car il donne
les règles de conduite et l’organisation socioculturelle.
Ces
règles de base forment la loi constitutive (à différencier des lois
normatives variables). Cette Loi se traduit dans toutes les civilisations par les
deux grands interdits, celui de
l'inceste et du meurtre. Elle n'est pas seulement organisatrice de la
société mais aussi de la structuration
psychique. Les pulsions, d'origine biologique, sont structurées par la
Loi
et le psychisme est le lieu de cette synthèse. S'il fallait le
représenter sur notre schéma il serait à cheval sur plusieurs
des mode-appareils.
conclusion