Patrick Juignet, Philosciences.com, 2009
La théorie des niveaux d'intégration est une théorie ontologique c'est-à-dire portant sur la constitution du monde.
La théorie des niveaux d’intégration (Theory of integrative levels) a été proposée par les philosophes James K. Feibleman et Nicolaï Hartmann au milieu du XXe siècle et, presque simultanément (1942), par Werner Heisenberg. Cette vision du monde fut popularisée par Joseph Needham dans les années 60. En associant les idées d’Auguste Comte sur la classification des sciences et la theory of integrative levels, Joseph Needham proposa une nouvelle classification des connaissances scientifiques. Il créa le Classification Research Group dont le travail aboutit à une augmentation du nombre de niveaux et de connaissances scientifiques y afférant.
Bien entendu, le terme ne signifie pas exactement la même chose pour chacun de ces auteurs, car sa signification dépend de la conception épistémique sous-jacente. Nous n'entrerons pas dans ces détails et donnerons seulement L'émergence prise dans ce sens désigne l'apparition d'un mode d'existence dans le monde. C'est un moment d'émergence particulier, car il fait permet qu'apparaître un niveau homogène et assez vaste. Une telle émergence a une limite sur le plan temporel et spatial. Elle se produit à un moment de l’histoire du monde, dans une partie du monde. Le mode d’organisation, qui a « émergé », n’est ni omniprésent, ni éternel. Il est présent dans une partie du monde pour une durée donnée. Il peut évoluer ou disparaître.une définition actuelle.
La théorie des niveaux d'intégration, que nous reprenons à notre compte, est à la fois ontologique et épistémologique, car elle décrit la constitution du monde au vu des connaissances scientifiques. Elle suppose que le monde est organisé selon une série de niveaux d'organisation de complexité croissante.
Cela sous-entend une organisation du monde. Nous supposons que la composition d'éléments simples constitue des entités possédant de nouvelles propriétés. Ces propriétés n'existent que par la liaison/intégration des éléments constituants (et non par la somme des propriétés des constituants pris indépendamment ou mis en vrac). Par exemple les propriétés chimiques des molécules sont crées par la liaison des atomes entre eux et l'organisation qui en résulte.
Le nombre de niveaux
d'organisation est indéterminé et assez grand. Ils peuvent être
regroupés du fait de caractères communs. Chacun de ces
grands regroupement constitue une région qui a des des
lois propres. Ces ensembles constituent des régions ontologiques ou de
"régions nomologiques" comme a pu dire Heisenberg.
On distingue généralement les régions du monde suivantes : physique, chimique, biologique, représentationnelle et sociale. Dans cette acception, chaque domaine d’existence se construit sur celui qui le précèdent (perspective méréologique) mais, en même temps, chaque domaine a des propriétés nouvelles et spécifiques (perspective émergentiste) qui n’existent pas dans les niveaux inférieurs.
Une région est vaste et comporte divers degré de complexification, mais tout ce qui la compose a certains traits communs et peut être étudié selon une méthode commune. C'est un moment d'émergence particulier qui donne naissance à un telle région, car cette émergence fait apparaître toute une série d'entités et de phénomènes homogènes. Ce moment est difficile à situer exactement, car la différence peut, au début, être faible.
Le terme de niveau et
celui de région présentent un inconvénient, ils sous-entendent une
topologie. Niveau évoque des strates et région des zones géographiques.
Or, ces topologie simples, sans être totalement aberrantes sont
inadéquates. Pour cette raison, nous sommes assez souvent amenés à
employer le terme de mode d'organisation. Mode signifiant une modalité
spécifique qui n'implique pas de topologie particulière.
Cette conception s’oppose au réductionnisme, qui veut ramener toute les régions au niveau inférieur (physique). Cependant, nous ne proposons pas une vision "organique" du monde, qui mettrait l’accent sur sa fonctionnalité d’ensemble. Ce n'est pas non plus, en ce qui concerne le vivant, une forme du vitalisme, qui supposerait un principe indépendant et particulier. C'est seulement une vision non réductionniste.
Le concept de région n'est pas un concept synthétique a
priori, mais au contraire un concept a posteriori, c'est-à-dire conçu
après examen des données scientifiques, comme tentative pour en tirer
une conception du monde cohérente.