Patrick juignet, Philosciences.com, 2009.
Le réalisme est une notion piège qui peut prendre des significations totalement opposées selon la manière dont on l’emploie.
Le sens général du terme, duquel nous partirons, c’est de poser une existence assurée. Une attitude réaliste consiste à porter un jugement d’existence et d’autonomie affirmatif sur un référent quelconque. Selon le référent en question, les conséquences seront très variables et même contraires.
L’assertion la plus simple et la plus générale consiste à porter ce jugement sur le monde. Avoir une position réaliste, c’est considérer que le monde existe assurément en dehors de nous et indépendamment de nous. Dans la mesure ou il s'agit d'un jugement sur ce qui est, nous le nommons réalisme ontologique.
L’assertion peut porter sur les phénomènes ou les faits. C’est l’attitude des empiristes qui considèrent que la réalité factuelle existe de manière autonome. Nous le qualifierons de réalisme empirique.
L’affirmation peut porter sur ce qui sous tend les faits, la substance. C’est le réalisme substantialisme. Et là deux possibilités s’offrent, selon que la substance considérée est de nature matérielle ou spirituelle. Dans le premier cas le réalisme sera matérialiste. Dans le second cas plusieurs possibilités s’offrent.
Si l’assertion concerne les idées, c’est le platonisme ou la thèse des « réaux » au moyen-âge. Le réalisme aboutit dans ce cas à un idéalisme. Si l’assertion porte sur les lois scientifiques, le réalisme est légaliste. Dans ce cas, les lois sont considérées comme ayant une existence indépendante de la science et du savant. Une variante est constituée par le causalisme qui considère qu’il y a une structure causale du monde. Signalons que le positivisme s’oppose au réalisme de type légaliste.
En ce qui nous concerne, nous sommes réaliste uniquement dans le premier sens, celui d’une affirmation de l’existence du monde indépendamment de l’homme et de la connaissance que la science en donne. En ce qui concerne les sciences contituées nous appliquons un réalisme prudent en accord avec le réalisme de départ : si le monde existe, les sciences en indique probablement les types et niveaux d'organisation.
Concernant les faits (la réalité), nous avons une
position
relativiste. Les faits
existent en
interaction avec nous par l'expérience et en particuler par
l'expérience réglée des sciences. Les sciences contruisent des faits
par l'observation et l'expérimentation qui sont des activités.
Dans la mesure où nous n’utilisons pas
la notion
de substance le réalisme que nous adoptons ne constitue pas un substantialisme de quelque nature que ce soit.
Enfin, les idées, lois et théories, sont assurément des productions humaines et rien ne permet de les attribuer au monde hors de l'homme. Elle font partie du monde comme produits humains dans le registre que nous appelons représentationnel.
Dans la philosophie des sciences, le réalisme sous-entend parfois d'autres
affirmations. Nous les en séparons, car la simple notion
d'existence indépendante donne déjà lieu à bien des complications. Deux
affirmations connexes sont couramment
trouvées : La constitution du monde détermine quelles connaissances
sont vraies ; les sciences sont capables de nous donner une
connaissance du monde. Ce sont des affirmations supplémentaires
sur le rapport de la connaissance
et du monde.