Selon notre conception épistémique les sciences naissent grâce à la mise au point d’un accès empirique à une partie du monde, désignant ainsi le référent auquel elles vont s’intéresser. C’est un préalable à la construction de leur objet d’étude. Cette première étape de simple désignation est déjà complexe.
Désigner un référent et le préciser est le premier pas de toute étude scientifique. Cela consiste à saisir un aspect de la réalité ayant une cohérence et une pertinence ; ce qui ne vient qu’à un moment de l’évolution historique des idées et demande la mise en œuvre d’une expérience précise.
Donnons un exemple. L’histologie,
devient
possible après que
Bichat, vers 1800, ait désigné un nouveau référent, les
"tissus", qu’il a individualisé
pratiquement et théoriquement. Ce qui n’était pas le cas
avant lui. Il a produit une découpe et désigné quelque chose de nouveau
dans la réalité. Après cette première désignation, d’autres chercheurs
peuvent
remettre
en œuvre le concept et l'expérience et
travailler sur les tissus dans les organismes vivants. Au fil du temps,
les concepts et les pratiques vont s'affiner, se préciser, constituant
les objets relativement définis et stables qui caractérisent
l'histologie.
Si la partie du monde a été correctement identifiée, il y a bien un référent constant extérieur à la science. Restant constant et stable, il fait le lien au cours de évolutions et éventuellement entre les paradigmes successifs (c'est la conception dite "externaliste" soutenue par Hilary Putnam, 1975). Dans la mesure ou l'on a une position réaliste sur le monde, ce qui est notre cas, on peut soutenir un certain "externalisme" en philosophie des sciences.Toutefois, l'externalisme doit être tempéré pour deux raisons : - les faits sont relatifs à l'expérience et le réalisme spontané est une illusion - le référent amorce d'emblée la construction de l'objet. Or, l'objet est sans cesse construit et reconstruit. Il n'est pas externe, il appartient à la science. Il est le fruit de l'activité scientifique.