La post-démocratie

La démocratie devient un spectacle, pendant que l'essentiel se déroule en coulisses

L'Europe est en crise, rejetée ou ignorée par les peuples, dominée par la technocratie et les lobbies économiques et financiers. Les politiques ont perdu toute crédibilité, l'abstention atteint des sommets. Sommes-nous entrés dans l'ère de la « post-démocratie », théâtre vidé de sa substance, quand les véritables décisions sont prises en coulisses, à l'écart de la scène publique ? 

Et comment allons-nous en sortir ? En cédant aux tentations autoritaires ou en réinventant la démocratie ? Autant de questions posées par Yves Sintomer, professeur de science politique à l'université Paris 8, dans un article que vient de publier la Revue du Crieur.

Qu'entend-on exactement par « post-démocratie » ?

Le terme post-démocratie a été inventé, au début des années 2000, par un universitaire anglais, Colin Crouch. Les régimes politiques occidentaux auraient eu leur apogée démocratique un peu avant la Deuxième guerre mondiale pour les Etats-Unis, et dans les décennies qui l'ont immédiatement suivie pour les autres. Puis, la situation se serait peu à peu dégradée, et nous serions entré dans l'ère de la post-démocratie : les institutions démocratiques demeurent, avec des élections libres, des partis politiques en compétition, un Etat de droit, la séparation des pouvoirs, etc. Mais, les décisions les plus importantes sont prises ailleurs, dans d'autres cadres : ceux des grandes firmes internationales, des agences de notation ou des organismes technocratiques comme la Banque mondiale. Bref, la mondialisation économique et le capitalisme financier auraient, pour une bonne part, vidé la démocratie de sa substance.

Les termes "post", et "après", qualifient uniquement la temporalité, mais laissent une incertitude sur ce qui est. Est-ce parce que cela semble inqualifiable au sens propre, c'est à dire qu'on n'arrive pas à définir et donc à le nommer. Le relativisme, la perte des repères, l'abandon des idéaux, le contournement des institutions, les rapides évolutions, rendent probablement ce qui se passe dans la société contemporaine difficile à qualifier.Ce qui provoquent dans une partie de la population un malaise qui ressemble à l'anomie dont parlait le sociologue Durkheim.

 

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