Ontologie du social

 

L’Homo sapiens a développé des sociétés de plus en plus vastes et complexes. Peut-on supposer une existence du social, au même titre que celle du physique ou celle du biologique ? Nous interrogerons la possibilité d'un niveau d’organisation autonome susceptible de produire les divers aspects sociaux empiriquement répertoriés. 

Homo sapiens developed increasingly large and complex societies. Can we assume an existence of the social, in the same way as that of the physical or the biological? We will question the possibility of an autonomous level of organization capable of producing the various social aspects empirically listed.

 

Pour citer cet article :

Juignet, Patrick. Ontologie du social. Philosophie, Science et Société. 2023. https://philosciences.com/niveau-social. 

 

Plan :


1. Le problème du social
2. Quelle existence pour le social ?
3. Le rôle de la médiation cognitive
Conclusion : l'existence du social


 

Texte intégral :

1. Le problème du social

1.1 Étudier la société humaine

Une première approche des sociétés au XVIIe siècle, due à Thomas Hobbes, a mis l’accent sur le rôle des institutions et des pouvoirs que l'on qualifie de régaliens. C’est vers le XVIIIe siècle que l’on commence à soupçonner l’existence spécifique du social. David Hume reconnaît la consistance du lien social comme tel et met ainsi en place la possibilité d’une étude empirique de la Société. Adam Ferguson et Adam Smith prolongent les intuitions humiennes, en les liant à celles de Mandeville, et avancent la thèse que par la conjonction de la sociabilité et de l’intérêt individuel, on peut expliquer le développement de la société civile1.

Il revient à Auguste Compte d’avoir voulu fonder une science de la Société sur le modèle des sciences de la nature, une physique sociale. Il l’annonce dès la première leçon de son cours de philosophie positive2. La sociologie s’est développée dans une optique positiviste comme science des phénomènes sociaux d’abord situés, dans un excès durkhemien, à « l’égal des choses ». Mais l'histoire, la géographie, l’économie, s’intéressaient déjà à ce qui constitue les sociétés humaines. Dans les premières décennies du XXe siècle les disciplines ayant trait à la société se sont multipliées (l’ethnologie, l’anthropologie sociale, l’anthropologie culturelle). Une grande hétérogénéité d’approche s’est installée qui ne facilite pas la réponse concernant ce qui constitue le social.

La question de savoir sur quoi reposent les sociétés humaines reste en suspens. « À cette question apparemment simple, plusieurs réponses ont été apportées, mettant en avant des facteurs de nature différente », écrit Pierre Grelley3. C’est le problème qui nous intéresse précisément ici. Nous le poserons en interrogeant l’existence du social, quelle que soit la société considérée.

La pertinence de ce problème est contestée par le courant empiriste qui préfère s’en tenir à la description de la diversité des sociétés. Cette tendance récuse l’existence de rapports sociaux fondamentaux et préfère s’en tenir à la diversité contextualisée des faits sociologues. Il n’y aurait pas de propriétés transculturelles ou transhistoriques caractérisant le social4. Comment répondre à cela ?

1.2 Des repères épistémologique et ontologique

L’approche proposée ici s’appuie sur une épistémologie spécifique la fois constructiviste et réaliste5, selon laquelle un domaine scientifique se définit par les faits et théories mise en évidence par les recherches. Deux questions se posent alors concernant le social : y a-t-il du commun dans la diversité des recherches sur les sociétés humaines ? Ce commun a-t-il une forme d’existence réelle ? La diversité des savoirs s’appliquant aux sociétés et leurs divergences théoriques ne facilite pas les réponses.

Le premier aspect concerne la réalité factuelle des manifestations sociales, celles qui saisies empiriquement par les sciences sociales. On s'accorde généralement pour admettre que les actions individuelles ne sont pas suffisantes pour faire société. Les relations sociales sont observables et peuvent être constituées en faits attestés. Assurément, la réalité sociale a un pouvoir contraignant qui lui est propre. Il n’y a pas de consensus, mais malgré leurs divergences, un grand nombre de sociologues et anthropologues, etc sont d’accord sur ce point : on peut décrire des faits typiquement sociaux. Nous tiendrons cela pour acquis.

Si l'on admet qui y a bien un domaine du social empirique identifiable, une réalité sociale, le second problème est de savoir si cette réalité factuelle a un fondement réel. Peut-on donner un statut ontologique au social ? La tentative de réponse à cette question se fera dans le cadre d’une ontologie pluraliste et émergentiste qui été définie ailleurs6. Elle n’est ni essentialiste, ni substantialiste. L’ontologie pluraliste qui sert de référence permet d’envisager une existence réelle du social qui viendrait simplement s’ajouter aux autres formes d’existence.

Pour tester cette hypothèse, il faut interroger les diverses sciences du social, pour évaluer si elles fournissent des arguments en ce sens. Ces disciplines identifient-elles quelque chose qui aurait une stabilité suffisante pour générer les faits sociaux étudiés ? Produisent-elles des théories (lois ou régularités générales, ou des modèles d’ensemble), laissant supposer des formes d'organisation ou d'architecturation du social ? Des thèses, au demeurant hétérogènes, ont été avancées. Nous allons en envisager quelques-unes.

2. Quelle existence pour le social ?

2.1 Des thèses pour le moins diverses !

L'auto-organisation et des systèmes

L’école sociologique systémique contribue à donner des arguments. Friedrich Hayek et Niklas Luhmann empruntent les idées de la théorie des systèmes, à partir des années 1960, pour l'appliquer à la société. Ces auteurs théorisent la production d’un ordre social non intentionnel. Ils se sont aidé des théories de l’auto-organisation qui mettent en évidence l’existence de systèmes dont le fonctionnement ne peut être contrôlé par un agent.

Hayek ne défend pas l’idée d’une régulation naturelle du social. Pour cet auteur, l'organisation de la société résulte d'un ordre spontané, qui est d’une grande complexité et que l’on ne connaît que partiellement. De ce fait, il n'est pas possible de prétendre le modifier sans le pervertir. C’est voué à l’échec. Il s’est concentré sur l’économie et a prôné une attitude ultralibérale en matière économique. On remarquera la contradiction flagrante. Cette attitude est une attitude politique. La non-intervention ultralibérale implique en vérité une série de lois contraignantes pour imposer un marché purement concurrentiel, qui n’est donc pas un ordre spontané, mais institué.

Autrement dit, pour aller plus loin dans le raisonnement, ordre spontané et ordre voulu se mélangent et ne sont pas opposables. L'ordre voulu est un ordre pensé qui comme nous l'avons montré fait partie du social. L'auto-organisation sociale n'est en rien comparable à celle des atomes entre eux. Elle inclut les lois, normes et décision humaines. Il n’est pas intéressant de cliver et d'opposer les ajustements sociaux automatiques aux ajustements voulus. Tous deux participent à l’organisation du social.

Cela étant, nous partageons l'avis de Friedrich Hayek sur un point, celui de la complexité. Il affirme qu’on ne peut comprendre parfaitement l'ensemble du système socio-économique. Les règles de conduite qui gouvernent nos actions et les institutions qui se dégagent de cette régularité sont des adaptations séculaires, si bien qu'il est impossible de tout prendre en compte consciemment.

Deux points de vue sont confondus dans ce raisonnement. Celui pragmatique des acteurs sociaux qui même en le voulant ne peuvent tout comprendre et celui théorique des sciences sociales qui proposent des modèles cohérents.

Comme le dit Eva Dabray dans sa thèse de doctorat sur L’ordre social spontané, le terme d’auto-organisation est un terme commode pour rendre compte, dans le champ social, de phénomènes de production non intentionnelle d’ordre social, et donc d'un niveau d'organisation social identifiable.

La synthèse de Norbert Elias

Une synthèse exemplaire a été proposée par Norbert Elias dès 1939. Pour cet auteur la réalité sociale a un pouvoir contraignant qui lui est propre. Elias Norbert, dans La société des individus écrit :

« L’ordre invisible de cette vie sociale que l’on ne perçoit pas directement avec les sens, n’offre à l’individu qu’une gamme très restreinte de comportements et de fonctions possibles. Il se trouve placé dès sa naissance dans un système de fonctionnement [organisé en] structures très précises »7.

Le social trouve son support, dans les fonctions interdépendantes, dont la structure donne aux groupes humains leurs caractères spécifiques. L’environnement social est fait d'interactions, de dépendances, de hiérarchies qui préexistent à l'individu, qui lui-même y contribue par sa pensée et ses actes. Une série de boucles interactives se constitue entre les individus et leur société.

« Le tissu de fonctions interdépendantes par lequel les hommes se lient les uns aux autres a son propre poids et sa propre loi »8 et de ce fait, on peut lui attribuer une existence. Le social semble bien avoir une existence théorisable. 

Le thème est repris en 1977 dans La dynamique de l’Occident : 

« Les plans et les actes, les mouvements émotionnels et rationnels des individus s’interpénètrent continuellement dans une approche amicale ou hostile. Cette interpénétration fondamentale des plans et des actes humains peut susciter des transformations et des structures qu’aucun individu n’a projetées ou créées. L’interdépendance entre les hommes donne naissance à un ordre spécifique, ordre plus impérieux et plus contraignant que la volonté et la raison des individus qui y président »9.

Cet ordre détermine l’évolution historique et le processus de civilisation. Il n’est ni rationnel, ni irrationnel, ni spirituel, ni naturel. Le social ne répond pas à ce genre d’opposition. Cet ordre obéit à des lois qui lui sont spécifiques. C’est à juste titre que Norbert Elias souligne que les oppositions habituelles (rationnel/irrationnel, spirituel/naturel) empêchent de penser correctement le social.

Elias concilie le point de vue pragmatique (considérant l’action des individus, leurs buts) un point de vue empirique (les faits sociaux), avec une ontologie du social comme ordre ou structure historiquement constituée.

Bernard Lahire et les structures fondamentales du social

Dans Les structures fondamentales des sociétés humaines, Bernard Lahire s’essaye à une socio-anthropologie intéressante. Il désigne comme objet de son travail « la structure sociale fondamentale », « l’organisation sociale »10.

La carte du social qu’il dresse du social décrit des lignes de force et des grands faits anthropologiques. Il dresse le tableau complexe une anthropologie sociale qui relie individu et société. 

Si, comme l’écrit Lahire, « derrière les multiples travaux des sciences sociales se cachent des mécanismes sociaux en nombre limité »11, alors, il y a une unité du champ sociologique. C’est un argument épistémologique pour supposer un niveau du réel social.

Cette thèse se situe dans le cadre d’une ontologie pluraliste et réaliste qui suppose que les sciences fondamentales se heurtent à un réel qui leur résiste, qui n’est pas équivalent à la réalité factuelle12, et dont la nature est organisationnelle. 

2.2 Une existence diversifiée

Georg Simmel, l’un des fondateurs de la sociologie, est intéressant au titre d’une approche plurielle.

« La société, écrit Simmel, n’est pas un être simple dont la nature puisse être exprimée toute entière dans une seule formule. Pour en avoir la définition, il faut sommer toutes ces formes spéciales de l’association et toutes les forces qui en tiennent unis les éléments »13.
La société correspond à la multiplicité des formes et des processus de socialisation. La sociologie ne peut s’arrêter à l’idée de société, elle doit considérer le social, mais dans sa diversité.

Une ontologie relationnelle ou structurale du monde social paraît plausible pour Laurence Kaufmann et Laurent Cordonier. Selon ces auteurs, on peut concevoir une architectonique de la culture qui permet d’introduire une verticalité dans le processus de diffusion et de transmission des représentations.

Il faut aussi expliciter l’interdépendance constitutive des institutions, des positions sociales, des dispositifs matériels, des pratiques et des représentations14. Les tenants d’une véritable sociologie de la relation soutiennent une thèse de nature ontologique : « le monde social est produit et reproduit par des relations, non par des individus autosuffisants et indépendants les uns des autres » écrit Laurence Kaufmann dans La ligne brisée en 2016.

S’il y a bien un niveau social réel existant effectivement, il n’est en aucun cas simple et homogène. À ce titre, on peut réfléchir, comme le fait Laurence Kauffman, à une « ontologie feuilletée » de la société15. Combien de feuillets, c'est-à-dire de sous-niveaux doit-on considérer ? Le problème est difficile, car les sociétés sont étudiées par de nombreuses sciences sociales qui ont des objets différents et des méthodes divergentes. Il est impossible de se prononcer. C’est l’avenir des recherches qui en décidera.

Raymond Boudon, réputé pratiquer un individualisme méthodologique, note toutefois que si le sociologue étudie des faits singuliers, qu'il rapporte à des régularités statistiques, il cherche aussi à mettre en évidence des relations générales : « son analyse tend très généralement à mettre en évidence les propriétés du système d’interactions responsable […] »16. Autrement dit, les faits individuels mis en évidence par le sociologue sont explicables par le système d’interactions qui les produit.

On peut citer les travaux de Michel Grossetti qui propose une méthode. Il avance plusieurs principes. Nous retiendrons seulement deux d’entre eux qui nous intéressent particulièrement. Il fait référence à l’émergence, qui est un pilier de notre réflexion, et à l’appui sur les données empiriques objectives, qui est une condition indispensable : Il parle de « l'adoption d'une approche « émergentiste » qui permet de rendre compte de la constitution d'entités à un niveau donné sans surcharger les autres niveaux ni réifier les entités, processus ou relations considérés. » Et : « l'obligation de fonder, dans la mesure du possible, les catégories proposées sur les méthodes d'enquête en sciences sociales »17.

Dans une ontologie des niveaux d’organisation, les grands niveaux identifiables ne sont pas d’un seul bloc. Ils comportent des sous-niveaux imbriqués. On a ainsi à la fois un positionnement clair désignant nettement une forme d’existence présente dans l’Univers et une liberté de recherche pour l’aborder. Pour ce qui est du social le « grand  niveau » identifiable correspond à un regroupement d’études scientifiques relativement homogènes. Il rassemble divers types d’organisations, de sous structures en interaction les unes avec les autres.

3. Le rôle de la médiation cognitive

3.1 Associer des thèses diverses

La conception légaliste met en avant les lois, le pouvoir de l’État, les institutions et les situe comme ce qui fonde les sociétés. Une autre conception suggère que le lien social prendrait naissance dans la recherche d’un équilibre général reposant sur un système d’échanges réciproques assurant la satisfaction des intérêts individuels. Enfin, pour d’autres, ce serait la culture (l’ensemble des croyances, des savoirs et des savoir-faire, des coutumes, des normes et des valeurs) qui constituerait la matrice capable de générer une société.

Rien n’oppose ces types d’interactions qui peuvent être considérées ensemble. Évoquer des législations, des systèmes d’échange, des formes culturelles, sont des réponses qui ont chacune leur pertinence et n’ont pas à être opposées.

Avec la mise en avant de la linguistique et de la sémiotique, une approche différente du social apparaît dans l’anthropologie culturelle grâce à Claude Lévi-Strauss.

« En posant la nature symbolique de son objet, l’anthropologie sociale n’entend donc pas se couper des realia […] elle ne sépare pas culture matérielle et culture spirituelle. Dans la perspective qui lui est propre […] elle leur porte le même intérêt. Les hommes communiquent au moyen de symboles et de signes ; pour l’anthropologie, qui est une conversation de l’homme avec l’homme, tout est symbole et signe, qui se pose comme intermédiaire entre deux sujets »18.

La tentative de fonder un domaine de recherche autour du sens et de la culture peut aussi contribuer à situer ce qu’est le social institué par les humains. Max Weber loin d’être simplement un partisan d’une sociologie « compréhensive » opposée à l’« explication », il fait de la compréhension des motivations des agents sociaux une modalité de l’explication causale. C’est à lui et à son ami Heinrich Rickert que l’on doit la promotion de l’expression « sciences de la culture » (Kulturwissenschaften)19.

L’ambition de ce courant de pensée qui se poursuit actuellement est d’éclairer la genèse de l'espèce humaine par une réflexion sur le développement du langage mis au centre de l’anthropisation et de la socialisation. Les « sciences de la culture » seraient fédérées par l’étude de l'anthropisation20. Nous allons montrer que ces aspects peuvent s’intégrer dans une ontologie des organisations émergentes21 (ce qui évite de faire jouer l’opposition nature/culture sur le plan ontologique).

3.2 L’aspect intellectuel, idéologique et culturel
L’Homo sapiens est du genre Homo, ce qui signifie qu'il est un vivant parmi les autres. Mais, à un moment de son évolution, il a acquis une spécificité d’espèce. Les Australopithèques ont évolué vers le genre Homo qui a donné plusieurs branches dont la branche vivante actuelle l’Homo sapiens.

Ce dernier a développé ses capacités techniques, son intelligence et s'est mis à vivre en groupes, puis au fil du temps dans des sociétés de plus en plus vastes et complexes. Les capacités intellectuelles humaines génèrent les différentes formes de la pensée, dont les produits objectivés donnent la culture au sens large (normes, règles, langages, lois, idéologies, arts, sciences et techniques) qui elle-même permet l’interaction collective, l’échange et par voie de conséquence la socialisation. Les idéologies et religions, les productions et interactions intellectuelles, sont une part essentielle de l’environnement humain, en quelque sorte un « milieu »22.

La technique constitue aussi un entourage très présent pour l'humain et participe des interactions sociales. Elle dépend en grande partie de l’intelligence humaine que ce soit les savoir-faire pratiques transmis, ou les technologies sophistiquées issues des sciences. La techno-socio-culture humaine constitue un environnement différent de l'environnement terrestre (dit naturel), un néo-environnement qui distancie les humains de la pression sélective naturelle, mais les soumet à des contraintes puissantes. Une vaste nébuleuse relationnelle, institutionnelle, symbolique et technique enveloppe l'Homme de sa naissance à sa mort. Elle diffère selon les régions géographiques et évolue au fil du temps historique.

Cet environnement techno-socio-culturel est toujours et nécessairement repris à titre individuel par l’intermédiaire d’un traitement cognitif et représentationnel, faute de quoi il n’aurait aucun effet sur les conduites individuelles. La dimension sociale a une dimension psychocognitive que même Émile Durkheim reconnaissait, bien qu’il tienne à la distinguer du social proprement dit. Loin d’opposer psychologie et sociologie, il a tenté d’établir un trait d’union entre les deux, via les représentations23.

Bernard Lahire veut « faire une nette distinction entre le social qui fixe la nature des rapports entre les différentes parties d’une société […] et la culture qui concerne tout ce qui se transmet »24. Cet aspect culturel correspond à ce qu’il considère comme l’une des lignes de force du social : « la socialisation /transmission culturelle »25. « La socialisation suppose des processus d’enseignement […] d’apprentissage, de mémorisation incorporation sous la forme de schèmes …. ». Formes qui sont aussi externalisées dans les règles coutumières, écrites, les institutions, rites, etc. Tout en minimisant la culture, l’auteur admet que l’espèce humaine combine le social et le culturel du fait de circonstances fondatrices : apprentissage, transmission et accumulation culturelle.

Son projet d’une « sociologie à l’échelle individuelle » cherche à montrer qu’il y a support individuel du social qui ne peut être négligé. Lahire s’intéresse au rêve. Les études de cas présentées montrent que le social joue un rôle dans la construction du rêve26. Lahire confirme la conviction freudienne selon laquelle chaque élément du rêve « apparaît déterminé de multiples façons », y compris sociale. Notre expérience de psychiatre et psychanalyste confirme empiriquement cette thèse qui s’explique aisément par le fait que le niveau cognitif et représentationnel est le support de l’interaction entre l’individu et la société dans laquelle il vit.

Le niveau cognitif et représentationnel propre à l’Homme participe massivement à l’intermédiation entre les individus humains. Les intellects individuels ne se juxtaposent pas, ils interagissent et par là créent du commun : lois, règles, normes, rites, actions, décisions affectant le groupe. Certaines décisions aboutissent à créer des institutions pour répondre à des nécessités fonctionnelles proprement collectives. Les aspects institutionnels résultent d’une intentionnalité collective (partagée) et des pratiques qui les soutiennent,

La culture est un milieu sémiotisé au sein duquel baignent les hommes de leur naissance à leur mort. Pour François Rastier :

« L’environnement humain (ou entour) est spécifiquement constitué de performances sémiotiques et de (re)présentations. L’autonomie et la complexité du sémiotique déterminent les caractères propres de la cognition humaine »27.

L’Homme vit d’abord et surtout dans un environnement culturel, social et technique. Divers niveaux d’interaction existent, mais, concernant les aspects intellectuels, il est certain que chaque individu rencontre la pensée et le langage de sa société dès sa naissance et qu’il les apprend. Il rencontre des pratiques culturelles et des procédures techniques qu’il doit assimiler.

Du point de vue pragmatique (empirique et pratique, celui de l’action des individus), les sociétés humaines, dépendent de l’intellect et de ses produits (culturels et politiques). Ils en sont les médiateurs obligés. Sans le niveau cognitif, l’organisation sociale humains qui est complexe et multi-hiérarchisée, se désagrégeraient immédiatement en formes sommaires.

3.3 Les interactions directes

L’enfant naît dans une famille au sein d’une société particulière, puis y passe sa vie. Il y a plusieurs manières de concevoir l’interaction entre l’individu et le social. Si on accepte la thèse d’un intellect autonome, l’interaction entre capacité intellectuelle et socioculture est doublement constitutive. L’intellect individuel est façonné par la socioculture de même que celle-ci est forgée par la conjonction des intellects.

On peut s’appuyer à cet égard sur les travaux de Jean Piaget qui montrent que la pensée est d’emblée socialisée. La pensée, en particulier conceptuelle, est une pensée collective, car elle obéit à des règles communes28. L’intellection n’est en rien solipsiste, car elle se construit dans l’échange avec les autres. L’organisation socio-culturelle vient s'inscrire chez les individus aussi bien dans le biosomatique que dans le cognitivo-représentationnel par le biais des apprentissages qui se produisent au cours de la vie. Mais inversement, l'ordre social ne peut se constituer que grâce aux capacités humaines de communiquer, organiser, prévoir. Le niveau social n’existe que par l’interaction conjuguée des individus. Il faut donc, a minima, concevoir comment individus et groupes sociaux interagissent.

Dès la prime enfance, le nourrissage, le portage, les apprentissages sphinctériens, les récompenses et punitions s’inscrivent dans le neurobiologique. Ensuite, les règles énoncées, les raisons données, les normes explicites, les manières de se conduire avec les autres et dans la vie viennent se mémoriser au niveau cognitif et représentationnel. Émile Durkheim, pourtant fervent défenseur de l’autonomie du social, évoque le rôle des représentations. « La vie collective, comme la vie mentale de l'individu, est faite de représentations ; il est donc présumable que représentations individuelles et représentations sociales sont, en quelques manières, comparables »29.

On doit aussi évoquer l’habitus de Pierre Bourdieu. L’habitus permet d’expliquer la détermination des conduites à partir de schèmes immanents générateurs d’action, schèmes qui se sont formés à partir de la situation sociale de l’individu. Cependant, à ma connaissance, Bourdieu ne répond pas à la question du support individuel de l’habitus. Il en fait une « loi immanente, déposée en chaque agent par la prime éducation ». C'est la condition non seulement de la concertation « puisque les redressements et les ajustements consciemment opérés par les agents eux-mêmes supposent la maîtrise d’un code commun [...] »30.

Le problème est de savoir comment cette immanence déposée en chaque individu humain par la prime éducation existe et persiste. On trouve une réponse par son inscription dans un niveau d’organisation approprié, qui a de fortes chances d’être le niveau cognitif et représentationnel. Il en est de même pour le code commun, qui ne demande à être connu et pensé individuellement.

Dan Sperber et John Searle sont tous deux sont réductionnistes, ce qui les incite à chercher comment le social pourrait procéder des individus, puis des représentations (ce qui permettrait en dernier ressort une possibilité de réduction biophysique). Dan Sperber dans La contagion des idées évoque une communication des idées et plus précisément un partage des représentations. Les mécanismes cognitifs individuels ‒ de perception, de mémorisation et d’inférence, de formation, de transformation et de partage ‒ permettraient une contagion des représentations au sein de la Société.

John Rogers Searle se sert du même principe, celui du passage par les représentations et le langage pour évoquer le social, mais de façon plus sophistiquée. Il suggère l’existence d’un processus permettant l’apparition de la réalité sociale à partir du langage. Les faits institutionnels, dont fait partie le langage, ne peuvent qu’être causés par des états intentionnels individuels. Les faits mentaux, les faits de langage et les faits institutionnels s’enchaînent les uns aux autres.

La conception de Norbert Elias exposée dans La société des individus étudie les modalités d’incorporation dans chaque individu de l’habitus collectif. Il dessine une structure de la personnalité qui serait commune aux membres d’une même Société. Le concept de personnalité dépasse l'intellect introduire une complexité et une profondeur émotionnelle et affective qui inclut le psychisme, et s’étend vers le biologique, ce qui est compréhensible si on renonce aux clivages habituels.

Toutes ces hypothèses peuvent être interprétées comme des tentatives pour lier l’individu et le social, et toutes supposent, quoique de manière très différente, une inscription individuelle du social chez l’Homme et une action de celui-ci sur le social. Quelle que soit l’école sociologique concernée, la plupart apportent de l’eau au moulin de l’interaction. La thèse d’un niveau cognitif et représentationnel fournit un support possible et plausible pour cette interaction. On peut soutenir que le social émerge des interactions des intellects humains s’ils sont en nombre suffisant.

D’ailleurs, la conception bourdieusienne de schèmes générateurs d’action pourrait quasiment être une définition de l’un des aspects du niveau cognitif. Le social est présent individuellement sous forme de schèmes, ou d’autres types d’inscriptions dynamiques, qui déterminent la pensée et les conduites finalisées. Le niveau cognitif et représentationnel individuel interagit constamment avec l’environnement culturel et social, c’est la passerelle, le trait d’union entre individu et Société.

Nous défendons l’idée que le niveau cognitif et représentationnel constitue un média entre l’Homme et la Société, et contribue massivement à former le social comme niveau d’organisation spécifique. L’environnement social et culturel n’existerait pas si l’Homme ne possédait pas des capacités intellectuelles pouvant le créer et le pérenniser. L’énorme complexité des interactions sociales demande un support sophistiqué et l’intellect humain semble être le média approprié. Le cognitif donne aussi sa spécificité à l’organisation sociale humaine, qui diffère de celle des collectivités animales, nettement plus simples et de moindre ampleur.

3.4 La nébuleuse idéologique

Revenons un instant sur l’aspect sémiotico-culturel évoqué plus haut. Nous dirions, pour bien le caractériser, que l’Homme vit moins dans la réalité concrète, que dans une vaste rumeur idéologique qu’il fabrique individuellement et collectivement. Il produit et se nourrit intensément de récits de toutes sortes : mythes, légendes, religions, idéologies, propagandes, fictions, faits-divers, etc. L’Homme vit avec, dans et au travers ce monde fictionnel autour duquel il bâtit une vie sociale qui elle-même s’en nourrit.

Ce monde sémiotique ruse avec les contraintes de la réalité, quoiqu’en même temps, il la transforme, si bien que la séparation devient souvent impossible. Il utilise les moyens de communication habituels, le langage parlé ou écrit, les images, la musique pour créer un environnement sémiotique. Cet environnement est l’un des fondements du social, car la communication et le lien social dépendent de cet espace sémiotico-culturel omniprésent. Mais cet espace est nécessairement une conséquence du niveau cognitif et représentationnel, car il ne peut s’autogénérer. Ce niveau peut finalement être désigné comme la passerelle, le trait d’union, entre individu et Société.

Cette approche change complètement la conception traditionnelle, en particulier marxiste, de la dimension idéologique et culturelle comme « reflet » d’un monde politico-économique réel. Relisons Karl Marx : « Le reflet religieux du monde réel ne peut disparaître […] »31. Cette dimension idéologique et religieuse ne peut en aucun cas être considérée comme superficielle et opposée à la vraie réalité. Elle a une réalité. C’est une réalité représentative, produite par le niveau cognitif et représentationnel dans son fonctionnement individuel et collectif. Certes, elle est à différencier de la réalité concrète, mais c’est une réalité effective.

Le « voile mystique et nébuleux » que dénonce Marx n’est pas un brouillard fictionnel qui ne demanderait qu’à se dissoudre devant la réalité (de la production économique et du pouvoir politique). Idéologie, religion, culture, participent de la réalité et ont une effectivité et puissante. Le problème doit être posé autrement que selon l'opposition réalité/fiction. Ce qui entre en jeu, c'est l’adéquation entre réalité représentative et la réalité socio-politico-économique. Il faut se demander si le savoir culturel commun est en adéquation avec l’ordre politico-socio-économique effectif. S’il est adéquat, on la dira vrai, s’il est inadéquate, on le dira faux et illusoire. Un savoir adéquat sera utile et intéressant. S’il est inadéquat, il sera trompeur et aliénant.

Selon la forme et le contenu, on distingue l’idéologie, la religion, les mythes, la propagande politique, etc. Cet ensemble symbolique, discursif et fictionnel existe par lui-même, avec une grande force. Il s’intègre à la culture au sens large (normes, règles, langage, lois, idéologies, imaginaires, arts, sciences et techniques) qui, elle-même, permet l’interaction collective, l’échange et, par voie de conséquence, la socialisation32.

L'Homme vit au sein d’un environnement culturel qu’il fabrique individuellement et collectivement. Il produit et se nourrit intensément de récits de toutes sortes : mythes, légendes, religions, idéologies, propagandes, fictions imaginatives, faits-divers, etc. Les moyens de communication habituels, le langage parlé ou écrit, les images fixes ou animées, la musique sont utilisés pour créer cet environnement sémiotique. C’est l’un des fondements du social, car le lien social dépend de cet espace sémiotico-culturel omniprésent. L’Homme vit avec et dans ce monde représentatif par lequel il bâtit une vie sociale, qui elle-même s’en nourrit. Ce monde sémiotique ruse avec les contraintes de la réalité concrète et la transforme, si bien que la séparation devient souvent impossible33.

Dans ce vaste tourbillon culturel, l’idéologie et la propagande tiennent une place importante. Aldous Huxley et surtout George Orwell en ont dénoncé les formes perverses. Ce dernier, dans La Ferme des animaux et dans son livre majeur 1984, a dénoncé l’utilisation du mensonge, des fausses nouvelles, de la falsification de l’histoire et des slogans contradictoires pour inhiber la pensée. En particulier, il a noté l’utilisation de l’injonction à ne pas croire son expérience, mais ce qui est imposé par l’idéologie. Les propagandes totalitaires utilisent ces procédés et manipulent efficacement les populations. Ce n’est possible que parce que l’humanité est immergée dans un bain sémiotico-langagier.

3.5 Les interactions par les règles

La socialisation de l’individu et la constitution de la Société comme entité passent nécessairement par ces échanges cognitifs, langagiers et représentationnels. Mais il faut apporter de précisions, que ce soit du côté individuel ou du côté social, dans la manière dont cela se produit. L'anthropologie culturelle française du XXe siècle (Marcel Mauss, Claude Lévi-Strauss, Françoise Héritier, pour les plus connus) a mis en évidence chez les humains une capacité à forger des règles qui constituent la base de l’humanisation et de la sociabilité. Ce serait là un invariant anthropologique qui constituerait le socle de la socialisation.

Dans les pas de Marcel Mauss, on peut considérer qu’une partie des conduites sociales sont régies par le don, qui est un mélange d’obligation et de liberté. Pour Mauss, l’échange sur le mode donner-recevoir-rendre, constitue une part essentielle du lien social, ce qui semble empiriquement avéré. Au-delà de l’échange économique, l’échange a aussi une part affective et symbolique. Ces échanges manifestent la coopération, la hiérarchie, le respect mutuel, la sollicitude au sein du groupe humain. Par ce fait, c’est bien autre chose que de l’utile qui circule dans les sociétés humaines.

Ces principes constituent le « fondement constant du droit », une « morale universelle »34. Avec eux, « nous touchons le roc » de l’humain35. Ils impliquent des formes de raisonnements élémentaires, conscient ou pas. Ils nécessitent de repérer un ordre social, de s’y inscrire dans la réciprocité (ou pas). Au plus simple, il faut distinguer soi-même de l’autre et concevoir une réciprocité entre les deux, seule façon de donner-recevoir à égalité. Cela sous-entend de connaître et comprendre l’ordre régissant le social par lequel le juste se définit.

Les travaux de Claude Lévi-Strauss mettent en avant l’idée d’une fonction structurante, d’une capacité d’ordonnancement, commune à l’humanité que l’on retrouve dans la plupart des sociétés humaines. Cette capacité, qui organise les conduites, les faits culturels et les savoirs est universelle. Le lien social, pour Lévi-Strauss, naît de quatre règles : la prohibition de l’inceste et l’exogamie qui s’ensuit, les lois du mariage et la répartition sexuelle des tâches. Ces règles organisent l’échange et la circulation, d’abord des femmes dont dépend la survie de l’espèce, mais également des biens matériels et culturels.

Les Hommes sont porteurs, individuellement et collectivement, d’une capacité d’ordonnancement qui a le pouvoir de régir la vie individuelle et collective. L'ordre ainsi produit est au fondement de l’organisation sociale. Les règles de parenté, les règles de conduites, le droit coutumier, puis ensuite le droit écrit et, par conséquent, l’ordre social en général (qui ne dépend pas que de cela) dépendent de cette capacité à ordonner. Les deux auteurs, Marcel Mauss et Claude Lévi-Strauss, chacun à leur façon, font apparaître un ordonnancement fondateur des relations humaines permettant à un monde humain socialisé d’exister.

C’est cette possibilité de mise en ordre qui permet d’échapper à l’instinctuel et au pulsionnel. Ainsi, elle amène une détermination d’un autre type, celle des règles, des lois, de l’accord, de la parole, de la réciprocité. L’instinctuel veut sa réalisation automatique, le pulsionnel veut sa satisfaction immédiate et, dans des rapports régis par ces modes, c’est la vitesse, la force et la ruse qui viennent régler les conflits. Les humains, aussi loin que scrute le regard anthropologique, ont toujours tenté d'instaurer une Loi commune en contrepoint de la force et de la ruse. L’Homme a, grâce à ses capacités cognitives, la possibilité de limiter ses déterminations pulsionnelles et ses bizarreries psychiques ; mais celles-ci persistent, de même que les nécessités biologiques. Il s'ensuit une conflictualité fondamentale en l'Homme et une difficile harmonisation sociale qui demande des efforts constants, comme l’a signalé Sigmund Freud dans Le malaise dans la culture36.

L’éthique et ses déclinaisons morales et politiques qui sont des activités intellectuelles abstraites participent de la formation du social, dont elles constituent l’une des conditions d’émergence. Le niveau cognitif et représentationnel constitue le lieu privilégié de l’interaction entre individu et société. Ce niveau dirigeant les conduites, il explique comment le social est efficient. L’Homme n’est pas un pantin commandé par des ficelles sociétales invisibles, elles-mêmes guidées par une téléologie mystérieuse37. Le social a besoin d’un intermédiaire en l’Homme et ce ne peut être que le niveau cognitif et représentationnel. Supprimons les effets de ce niveau tels que, la pensée, les discours, les diverses productions symboliques et culturelles, l’éthique, les règles de droit, les sciences et techniques, etc., on ne voit pas comment l’organisation sociale pourrait persister, autrement que sous une forme très rudimentaire.

La défense du passage par l’intellect humain impose une sorte d'individualisme méthodologique, au sens où le social passe par les individus humains, mais elle est en opposition radicale à la thèse généralement associée à l’individualisme selon laquelle les ensembles sociaux n’auraient pas d’existence propre.

Conclusion : une existence du social

Le social a un aspect factuel saisi empiriquement par les diverses sciences qui s’en occupent. Ces faits constituent un domaine d'objectivé difficilement réfutable. Nous défendons l’idée, somme toute banale, qu’il y a là un champ de la réalité identifiable. À partir de ce constat, deux possibilités s’offrent : soit s’en tenir à cette factualité empirique, soit faire une hypothèse ontologique.

La réalité sociale empiriquement constatée, malgré sa diversité indéniable, semble soutenue par des systèmes, structures, ou organisations, largement retrouvées. Si l'on adopte cette posture réaliste, alors on est en droit de supposer l’existence d’un réel organisationnel social. Cette forme d'existence réelle, n’est ni essentielle, ni substantielle. Elle a émergée à un moment donné dans la collectivité humaine.

Divers arguments plaident pour donner une importance au cognitif et à la culture dans la genèse du social. La transmission intellectuelle des intentions, des raisons, des normes, de la Loi commune, du langage, des savoirs, etc. sont des faits avérés et incontestablement. Les institutions sociales ne sont ni muettes, ni insensées, ni sans règles.

La thèse organisationnelle du social présente l’intérêt d’éviter les sempiternels débats corps/esprit, nature/culture, individu/société. Elle permet de les remplacer par un débat sur l’émergence successive du biologique, du cognitif, puis du social. L’ontologie n’est pas une nécessité scientifique. Elle a pour intérêt de stabiliser l’objet de recherche en lui donnant une assise et une place dans l’Univers.

 

Notes :

1 Gautier Claude, Hume et les savoirs de l’histoire, Paris, Vrin/EHESS, 2005.
2 Comte Auguste, (1830-1842) Cours de philosophie positive, Paris, Hatier, 1982, p. 75.
3 Grelley Pierre, Qu'est-ce qui fait une société ?, Informations sociales, 2012/4, n° 172, p. 101.
4 Passeron Jean-Claude, Le Raisonnement sociologique. Un espace non poppérien de l’argumentation, Paris, Albin-Michel, 2001.
5 Qui va à l’encontre du relativisme et de l’irréalisme dans lequel sont tombées une partie des sciences sociales.
6 Juignet, Patrick. Arguments en faveur d’une ontologie pluraliste. Philosophie, science et société. 2023. https://philosciences.com/arguments-ontologie-pluraliste.
7 Elias Norbert, La société des individus, Paris, Fayard, 1991, p. 49.
8 Ibid. p. 50-51.
9 Norbert Elias, La dynamique de l’occident, Paris, Calmann-Lévy, 1977, p. 182-183
10 Lahire Bernard, Les structures fondamentales des sociétés humaines, Paris, La Découverte, 2023, p. 905 et 909.
11 Ibid, p. 22.
12 Juignet, Patrick. Une ontologie pluraliste est-elle envisageable ? Philosophie, science et société. 2022. https://philosciences.com/ontologie-pluraliste.
13 Simmel Georg, « Comment les formes sociales se maintiennent », L’Année sociologique, 1896-1897, In Sociologie et épistémologie, Paris, PUF, 1981, p. 172-173.
14 Laufmann Laurence, Cordonier Louis, Les sociologues ont-ils perdu l’esprit ? À la recherche des structures élémentaires de la vie sociale. SociologieS. 2012. § 33 et 34. http://sociologies.revues.org/3899.
15 Voir : Laurence Kaufmann, Laurent Cordonier Vers un naturalisme social. À la croisée des sciences sociales et des sciences cognitives, SociologieS. 2011.
16 Boudon Raymond, La Logique du social, Hachette, Paris, 1979, p. 51.
17 Grossetti Michel, Comment construire une ontologie « robuste » pour les sciences sociales ? Conférence Université de Toulouse, janvier 2022, et Examen d'une ontologie robuste pour les phénomènes sociaux intermédiaires, in Métaphysique et Sciences Nouveaux problèmes, Paris, Hermann 2022.
18 Lévi-Strauss Claude, (1960) Leçon inaugurale au Collège de France, in Anthropologie structurale II, Paris, Plon, 1973, pp. 18-20.
19 Dans les années 1880 à 1900. En particulier l’opuscule Kulturwissenschaftent und Naturvissenschaften de Heinrich Rickert publié en 1884.
20 Rastier François Bouquet Simon, Une introduction aux sciences de la culture, Paris, PUF, 2002.
21 Voir l'article : Juignet, Patrick. Une ontologie pluraliste est-elle envisageable ? Philosophie, science et société. 2022. https://philosciences.com/ontologie-pluraliste.
22 Voir : François Rastier dans Faire sens De la cognition à la culture, Paris, Classiques Garnier, 2018, p. 29.
23 Durkheim Émile, Représentations individuelles et représentations collectives, Revue de métaphysique et de morale, 1898.
24 Lahire, p. 11.
25 Lahire, p. 348.
26 Lahire Bernard, L’interprétation sociologique des rêves, Paris, La Découverte, 2018, p. 69-70.
27 Rastier François, Faire sens, De la cognition à la culture, Paris, Garnier, 2019, p. 190.
28 Piaget Jean, La construction du réel chez l’enfant, Delachaux et Niestlé, Neuchâtel-Paris, pp. 315-316.
29 Durkheim Émile, Représentation individuelles et représentations collectives, Revue de métaphysique et de morale, 1898.
30 Bourdieu Pierre, Esquisse d'une théorie de la pratique, Paris, Seuil, 2000. p. 272.
31 Marx Karl, Le Capital, Garnier-Flammarion, Paris, 1969, p. 74.
32 Rastier François, Faire sens De la cognition à la culture, Paris, Classiques Garnier, 2018, p. 29.
33 Xavier Giannoli en illustre avec brio dans différents films un aspect particulier, le déchaînement de la rumeur par l’industrialisation des médias (de l’imprimerie en continu jusqu’au web).
34 Mauss Marcel, Sociologie et anthropologie, Paris, PUF, 1966, p. 263.
35 Ibid., p. 264.
36 Freud Sigmund, Le malaise dans la culture, Paris, PUF, 1995.
37 L’un des problèmes de la querelle des méthodes. Voir Feuerhahn Wolf, Max Weber Qu'est-ce que les sciences de la culture ?, Paris, CNRS éditions, 2023, p.168-169.

 

Bibliographie :

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         -       Examen d'une ontologie robuste pour les phénomènes sociaux intermédiaires, in Métaphysique et Sciences Nouveaux problèmes, Paris, Hermann, 2022.
Juignet, Patrick. Quelle ontologie proposer aujourd'hui ? Philosophie, science et société. 2016. https://philosciences.com/existence-reel-realite.
         -      Une ontologie pluraliste est-elle envisageable ? Philosophie, science et société. 2022. https://philosciences.com/ontologie-pluraliste.
         -      Arguments en faveur d’une ontologie pluraliste. Philosophie, science et société. 2023. https://philosciences.com/arguments-ontologie-pluraliste.
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L'auteur :

Juignet Patrick